Le Festival de Cannes s'ouvre dans la crainte d'un #MeToo
Ce mardi soir, "Le Deuxième acte" de Quentin Dupieux ouvrira les festivités du 77e Festival de Cannes. Le jury de Greta Gerwig départagera 22 films en Compétition, même si le mouvement #MeToo pourrait venir jouer les trouble-fêtes…

- Publié le 13-05-2024 à 13h24
- Mis à jour le 17-05-2024 à 15h51

Autour du Palais des Festivals de Cannes, tout semble normal ce lundi après-midi. On peaufine les derniers détails, on astique tapis rouge, qui sera foulé, ce mardi soir, par tout le gratin du cinéma mondial, venu assister à la cérémonie d'ouverture du 77e Festival de Cannes. Celle-ci est à suivre en direct chez nous à partir de 19h15 sur Pickx +, où elle sera commentée, comme la cérémonie de clôture du samedi 25 mai, par Patrick Ridremont et Déborah François.
Maîtresse de cérémonie cette année, l'actrice française Camille Cottin accueillera sur scène la grande Meryl Streep, à qui sera remise une Palme d'or d'honneur, et présentera le jury officiel, présidé par l'Américaine Greta Gerwig (la réalisatrice du film-phénomène Barbie). Avant que l'on découvre Le Deuxième acte, la 13e fantaisie cinématographique de Quentin Dupieux, avec Léa Seydoux, Louis Garrel, Vincent Lindon et Raphaël Quenard, qui sortira dès ce mercredi dans les salles belges.
Mercredi matin, les choses sérieuses pourront commencer, avec la présentation des deux premiers films sur les 22 en Compétition : Diamant brut (premier long de la Française Agathe Riendinger) et The Girl with the Needle du Suédois Magnus Von Horn. Durant la quinzaine, le tapis rouge cannois sera ensuite foulé par de nombreuses stars internationales, de Francis Ford Coppola à George Lucas, de Catherine Deneuve à Kevin Costner, en passant par Emma Stone, Nicolas Cage ou encore Demi Moore. Tandis qu'un seul film belge, Julie zwijgt du jeune Flamand Leonardo van Dijl, sera dévoilé, samedi soir, à la 63e Semaine de la critique.
Mais ça, c'est si tout se passe comme prévu…
Une implosion du cinéma français ?
À la veille de l'ouverture, la tension est en effet palpable depuis plusieurs jours déjà dans les équipes du Festival de Cannes, alors que pourrait être révélée, dès ce mardi, une "liste" de personnalités importantes du cinéma français accusées d'agressions ou de harcèlement sexuel. Parmi ces hommes, certains seraient au générique de films présentés en sélection officielle.
Alors qu'une agence spécialisée dans la communication de crise a été engagée par le Festival de Cannes pour réagir à d'éventuelles révélations, la directrice du festival Iris Knobloch a déclaré à Paris Match jeudi dernier : "Si le cas d'une personne mise en cause se présentait, nous veillerions à prendre la bonne décision au cas par cas, en concertation avec le conseil d'administration et les parties prenantes. Mais on évoquerait aussi l'œuvre afin de voir ce qui est le mieux pour elle. C'est elle la vraie star."
Lundi après-midi, dans sa conférence de presse, Thierry Frémaux a préféré botter en touche. "Ce qui va envenimer l'atmosphère, c'est qu'on en parle. Ce qui a changé, ce sont vos questions, a-t-il répondu à une journaliste. Avant, on ne parlait que de cinéma. Notre seule angoisse, c'était: les films vont-ils être aiméq? On ne parle plus du tout de cela aujourd'hui. L'an dernier, il y avait aussi eu des polémiques. Cette année, on a décidé de faire un festival sans polémique. Il n'y en a pas. On a pris soin que l'intérêt majeur reste le cinéma. Le reste ne nous concerne pas. Comme il n'y a pas de polémique, on les invente et on les amplifie. (…) Notre voeu est de faire un festival sans polémique, pour remettre le cinéma au centre du jeu. Ça ne veut pas dire qu'il n'y en aura pas... Mais ce ne sont pas des polémiques qui viennent du festival."

Thierry Frémaux dans le viseur de "Médiapart"
Si certains réalisateurs et/ou acteurs présents en sélection officielle devaient être accusés — on parle notamment d'un dossier à venir de Médiapart mettant en cause un grand nom du cinéma populaire français —, cela pourrait néanmoins toucher, par ricochet, le festival et Thierry Frémaux. Lequel est également dans l'œil de mire de Médiapart, qui devrait publier, à l'occasion de l'ouverture du festival, un article à charge.
Vendredi, via un communiqué de l'Institut Lumière, dont il est le président, Frémaux a en tout cas pris les devants, en publiant l'intégralité de ses réponses aux questions qui lui ont été transmises par le journaliste Antoine Pecqueur. Lequel avait déjà publié, le 14 octobre dernier, un article sur Thierry Frémaux, à l'occasion de l'ouverture du Festival Lumière 2023 à Lyon. Au vu de la teneur des questions, il n'est pas ici question d'accusations liées au contexte #MeToo, mais essentiellement de la double casquette de Thierry Frémaux, qui se partage entre le Festival de Cannes et l'Institut Lumière. Selon l'intéressé, il ne pourrait y avoir de conflit d'intérêts, puisqu'il affirme être salarié à mi-temps par les deux institutions, qui relèvent par ailleurs du droit privé et non public.
Espérons qu'au-delà des polémiques annoncées, il reste une petite place pour le cinéma lors de ce 77e Festival de Cannes.
