Décès d'Alain Delon : ce dernier film avec Patrice Leconte qu'il ne tournera jamais
En 2017, le légendaire Alain Delon, mythe alors vivant du cinéma français, était l'invité d'honneur du Festival International du Film Policier de Liège. Il s'était confé à la DH, notamment sur un film qu'il voulait encore tourner avant de remiser son costume d'acteur.
- Publié le 18-08-2024 à 12h21

"Je suis heureux d'être ici car je ne connais pas Liège, à part être venu une fois avec ma fille au théâtre (Une journée ordinaire, NdlR), confiait l'acteur en conférence de presse, au cœur du Palais des Princes Évêques. Anouchka est aussi une des raisons pour lesquelles j'ai arrêté le cinéma. Car quand on fait une tournée avec sa fille, on n'a plus envie de ne rien faire d'autre. Elle me traitait de tous les noms sur scène, je me rendais compte que c'était elle qui jouait devant moi. Après ça, on n'a plus envie de rien. C'est l'un des plus grands bonheurs de ma vie. Après, je me suis dit : Plus rien à foutre, j'arrête tout ! "
Si le monstre sacré du cinéma français reconnaissait que sa fille a "un caractère de chien comme son père, donc je la tempère (sourire) !", il admettait également avoir tout arrêté "parce que je m'emmerde. Melville (Le Samouraï), Visconti (Le Guépard) et René Clément (Plein s oleil) ont été importants dans ma vie. C'est grâce à eux si je suis devenu ce que je suis. Et si je suis parti, c'est aussi parce qu'il n'y en a plus comme eux. Si je m'ennuie maintenant, c'est parce qu'il n'y a plus ces gens-là ! Ils avaient l'amour du cinéma, de la création, des acteurs et des actrices."
Mais vous n'allez bientôt plus vous ennuyer vu que vous allez tourner avec Patrice Leconte avec qui vous aviez déjà fait Une chance sur deux, en compagnie de Jean-Paul Belmondo…
"Exact. Je vais faire un film – ils sont en train de le remodeler – que j'ai toujours voulu faire avec lui. Je voulais le faire avec Sophie Marceau mais elle a d'autres préoccupations. Par contre, j'ai trouvé une actrice qui avait follement envie de le faire, Juliette Binoche. Une merveilleuse actrice que je n'ai jamais rencontrée. Le film se finira en novembre et je suis pratiquement sûr que ce sera le dernier film de ma carrière. Pourquoi ? Car au milieu de tout cela, j'ai été entraîneur de boxe, manager et fait des combats. Et j'ai appris avec eux, que s'il y a bien une chose qu'il ne faut jamais faire, c'est le combat de trop. Et lorsqu'on associe, il ne faut pas faire le film de trop…"
De quoi parlera le film ?
"C'est une très très belle et forte histoire d'amour entre un homme sur sa fin de vie – de mon âge – et Juliette qui en a 30 de moins. C'est beau, c'est une rencontre inattendue et inespérée. Patrice l'a écrit pour moi. C'est moi avec mon caractère et mon physique. En 1996, au JT de PPDA, j'avais annoncé la fin de ma carrière avec son film Une chance sur deux. Ce sera aussi mon dernier film. Sauf si des millions de gens vont le voir, je serai bien obligé d'en refaire un autre (rires). Mais attention au combat de trop !"
Cela cache-t-il de regrets ?
"Mon plus grand regret et s'il y a bien une chose que je ne réaliserai jamais car je mourrai sûrement avant, est que je n'ai jamais joué dans un film réalisé par une femme. J'ai toujours voulu et je ne l'aurai jamais. Tant pis. J'aimerais tourner avec la Belge Cécile De France aussi, je l'aime beaucoup. Elle est belle, c'est une femme qui me plaît."
Les femmes auront toujours fait partie de votre vie…
"Sans paraître prétentieux, j'ai eu une vie extraordinaire. Au départ, je n'étais pas du tout fait pour le cinéma. Venant d'où je viens, je n'étais pas préparé. Mes parents ont divorcé quand j'avais 5 ans, je ne les ai jamais connus ensemble. J'ai été charcutier et j'en ai eu tellement marre que je me suis engagé dans l'armée à 17 ans, en Indochine. En revenant, je pensais devenir voyou et mourir très très vite et puis boum, le cinéma est arrivé. Ça ne me gêne pas mais un peu quand même… il y 60 ans, il paraît que j'étais beau, que les femmes me trouvaient beau. Ce sont donc les femmes qui m'ont fait faire ma carrière. Je leur dois tout. Et pour celles que j'ai aimées après, je voulais voir dans leurs yeux que j'étais le plus grand, le plus beau et le plus fort. Et si je ne les avais pas eues, je ne serais pas là ce soir avec vous, en Belgique."
Ce n'était pas une idée lancée en l'air
C'était Alain Delon lui-même qui avait lancé l'idée d'un dernier film, en 2016, sur le plateau de Laurent Delahousse lors de 20 h 30 le dimanche, sur France 2. Affirmant qu'il était au crépuscule de sa carrière, il avait ajouté : "J'ai encore un rêve, c'est de faire un dernier film avec Patrice." Patrice Leconte bien entendu, qui était en face de lui au moment où il tenait ces propos et qui en était très étonné.
Ce n'étaient pas des paroles en l'air. Le réalisateur s'est lancé dans l'aventure avec un scénario taillé sur mesure concocté avec Jérôme Tonnerre qui a signé celui de Maigret. Son titre : La Maison vide. Pour donner la réplique à Delon, Patrice Leconte avait convié Juliette Binoche.
Mais en 2022, le réalisateur expliquait que tout cela était à mettre dans la case des regrets suite à l'AVC dont a été victime l'acteur en 2019 notamment. Il s'en était expliqué au micro de RFM : "Je pense que Delon, avec toute l'amitié et l'admiration que j'ai pour lui, le fait d'annoncer son dernier film, c'est un peu comme s'il allait le tourner et mourir après."
