Anatomie d'un scénario oscarisé
Palme d'or en 2023, "Anatomie d'une chute" a marqué les esprits l'année dernière. Gallimard édite le scénario du film, annoté par ses auteurs, Justine Triet et Arthur Harari. Un livre passionnant à glisser sous le sapin !

- Publié le 10-12-2024 à 12h52
- Mis à jour le 10-12-2024 à 12h53

Auréolé de la Palme d'or à Cannes en mai 2023, Anatomie d'une chute de Justine Triet a ensuite tout raflé sur son passage, triomphant aux César 2024, mais empochant aussi deux Golden Globes et un Oscar, celui du meilleur scénario original. C'est ce scénario qu'a publié Gallimard fin novembre, dans sa collection "Hors série Littérature". On n'est, certes, pas ici du côté de la littérature, mais voilà un bouquin passionnant, qui ravira les cinéphiles !
S'ouvrant sur une dédicace de David Lynch, qui dédie un dessin au film, qu'il présente comme "une superbe plongée dans le vaste monde du comportement humain", Anatomie d'une chute se propose de disséquer le travail des deux scénaristes : Justine Triet et son compagnon Arthur Harari (également réalisateur, notamment du formidable Onoda en 2021).
La science du montage
Pour ce faire, l'ouvrage utilise un code couleur simple. En noir, les passages gardés au montage, en bleu, ce qui a été coupé et, en rouge, les commentaires de Triet et Harari. Où ceux-ci ne cessent de préciser combien ils ont cherché à épurer le film en allant à l'os, à l'épure — les nombreuses séquences en split screen envisagées ont finalement été abandonnées —, en évitant toute forme de redite ou en réorganisant certaines séquences au montage (très peu finalement). "À ce stade du récit, l'ellipse et l'économie s'imposaient", écrivent ainsi les auteurs, à propos d'un film qui, dans sa version définitive fait quand même déjà 2h30 (sans qu'on les voie passer).
Plus qu'un livre sur l'art du scénario, Anatomie d'une chute est surtout un témoignage, de l'intérieur, sur l'importance du montage dans le travail de réécriture d'un film. Dans les coupes opérées, on comprend l'importance pour Justine Triet de conserver l'ambiguïté autour du personnage de Sandra Voyter, cette écrivaine accusée du meurtre de son mari (campée par la formidable actrice allemande Sandra Hüller). Pas question, en effet, pour la cinéaste qu'elle puisse paraître trop coupable aux yeux des spectateurs. Les fans devront cependant prendre leur mal en patiente. Triet ne dévoile pas ici sa vision des choses. Elle ne révélera en effet que dans une dizaine d'années si son héroïne est coupable ou non…
De même, les scénaristes précisent que les scènes de souvenirs de Daniel, le jeune enfant Daniel, ont été envisagées, non pas comme des flash-backs objectifs, mais bien comme des "visions". Ici encore pour maintenir le spectateur dans le doute durant le procès.

Édition soignée
Illustré de photos du film, Anatomie d'une chute se lit presque comme un roman, ravivant chez le lecteur l'émotion ressentie lors du visionnage du film. Ce bel ouvragé se clôt sur une série d'annexes : deux dialogues de cours universitaires (de Samuel, le mari, et Vincent, l'avocat) coupés au montage, des photos argentiques prises par Justine Triet elle-même pour illustrer le passé de ses personnages, des photos de plateau, une sélection d'affiches internationales (très variées !) et même les partitions des deux morceaux que jouent Daniel et Sandra dans le film : Asturias d'Albeniz et le Prélude n°4 en mi mineur de Chopin. Mais aussi quelques pages de l'exemplaire scénario d'Arthur Harari, illustré de dessins et de commentaires de sa main…

- "Anatomie d'une chute. Scénario commenté", publié par Arthur Harari et Justine Triet aux éd. Gallimard (320 pp., 25€).