"Eddington" : Joaquin Phoenix et Pedro Pascal réunis dans un western et une Amérique déchirée
Dévoilé à Cannes en mai, le nouveau film d'Arti Aster sort ce mercredi au cinéma. Un film à la fois jubilatoire et dévoré par son ambition de vouloir dresser la cartographie des maux états-uniens…

- Publié le 16-07-2025 à 10h43
- Mis à jour le 24-02-2026 à 16h05

Fin mai 2020 à Eddington, petite ville endormie du Nouveau Mexique. En campagne pour sa réélection, le maire latino Ted Garcia (Pedro Pascal) promet un avenir radieux à sa bourgade, grâce à l'ouverture d'un data center et au développement des énergies renouvelables. Appliquant la loi de l'État, il veille à ce que sa population porte rigoureusement le masque, alors que l'épidémie de Covid-19 a débarqué aux États-Unis.
Shérif à l'ancienne, Joe Cross (Joaquin Phoenix) n'est pas franchement prêt à faire appliquer cette loi, selon lui liberticide. Alors qu'un vieux conflit oppose les deux hommes, il décide même de poser sa candidature aux élections municipales. Surfant sur le complotisme et les fake news, dont s'abreuve sa femme Louise (Emma Stone), sa ligne politique sera nettement plus conservatrice.
L'opposition à couteaux tirés entre les deux hommes va prendre des proportions démesurées, à mesure que viennent se greffer d'autres éléments, dont la question des terres tribales des Indiens Pueblos ou l'assassinat de George Floyds. Lequel pousse les jeunes (blancs) d'Eddington à rejoindre le mouvement Black Lives Matter et à manifester contre les violences policières…
Une Amérique en crise
Né à New York en 1986, Ari Aster signe déjà, à 38 ans, son quatrième long métrage, après deux films d'horreur psychologique (Hérédité en 2018 et le génial Midsommar en 2019) et un thriller psychanalytique, Beau is Afraid en 2023, avec un Joaquin Phoenix pas bien dans sa tête. L'acteur ne va pas beaucoup mieux ici, et pas seulement parce qu'il n'a pas mis son masque et a peut-être chopé le Covid !
Petite ville de l'Ouest poussiéreuse, shérif, Indiens, conflits de voisinage… Ari Aster ne quitte pas le genre pour relire, de façon contemporaine, le western. Et pour rejouer le combat entre les traditionalistes et les progressistes. En l'occurrence entre les Trumpistes et les wokes…
Avec ce film ambitieux de près de 2h30 (une demi-heure de moins de Beau is Afraid), le jeune cinéaste signe en effet une fable mettant en scène la déchirure profonde de l'Amérique. Et il ne choisit par au hasard cette période du Covid, où les divisions sont devenues abyssales, conduisant à la situation politique actuelle aux États-Unis.
Grand-guignol
Moquant allègrement les deux côtés du spectre — dénonçant tout aussi bien le ridicule des discours exagérés des Justice Social Warriors que les délires des complotistes antivax et QAnonesques —, Ari Aster ne fait pas dans la dentelle. On est clairement ici dans une caricature des maux dont souffre la société américaine.
S'il parvient à tenir son propos pendant la première partie du film, Aster s'échappe ensuite vers une forme de grand-guignol qui tire franchement en longueur. Tout devient tellement hénaurme que le cinéaste finit par perdre le fil de son discours, en versant lui-même dans une forme de complotisme qu'il voulait dénoncer…

Eddington Western contemporain Scénario et réalisation Ari Aster Photographie Darius Khondji Musique Bobby Krlic et Daniel Pemberton Montage Lucian Johnston Avec Joaquin Phoenix, Pedro Pascal, Emma Stone, Deirdre O'Connell, Austin Butler… Durée 2h28