Les René du cinéma surjouent le surréalisme de Magritte
Ce samedi soir, les prix du cinéma belge francophone étrennaient leur nouvelle formule à Flagey, lors d'une longue cérémonie manquant de rythme…

- Publié le 08-03-2026 à 00h22
- Mis à jour le 09-03-2026 à 13h42
Privés du soutien de la Fondation Magritte car jugés trop politisés l'année dernière, les prix du cinéma belge francophone sont donc devenus les René du cinéma, pour plus de convivialité et d'esprit belge. Placée sous la houlette du producteur liégeois Jean-Yves Roubin, le nouveau directeur de l'Académie Delvaux, la nouvelle équipe avait annoncé une vraie fête du cinéma belge, souhaitant se démarquer des classiques soirées de remises de prix… Ce ne fut pas franchement le cas, ce samedi soir en direct de Flagey, lors d'une cérémonie que l'on avait promis raccourcie, mais qui fut comme toujours interminable.
Diffusés sur Auvio et sur Pickx+, les René se sont ouverts par un numéro peu inspiré de la maîtresse de cérémonie Charline Vanhoenacker, qui rempilait cette année face à une salle plongée "dans une ambiance de bibliothèque". Avec pas mal de gags tombant à plat ou des références impossibles à saisir pour le commun des mortels — comme l'adresse à la ministre de la Culture Élisabeth Degryse, en clin d'œil à l'absence de Rachida Dati de la cérémonie des César après sa démission pour se consacrer à sa course à la mairie de Paris…
Puisqu'ils ne pouvaient plus s'appeler les Magritte, les René ont surjoué le surréalisme à la belge. Sans surprise, fut donc jouée la carte de l'autodérision, en moquant le manque de moyens par rapport aux César ou aux oscars. Nommé six fois mais jamais récompensé (façon Franck Dubosc aux César), François Damiens, pas rancunier, est ainsi venu jouer les fausses stars américaines recevant un René d'honneur… Tandis que les comédiens français se sont succédé pour dire, de façon convenue, combien ils aiment le cinéma belge.

Autodérision à la belge
Hippolyte Girardot fut, lui, chargé de moquer le nouveau trophée créé par l'artiste Vincent Solheid, ce "bout de bois" pourtant plutôt élégant, qui tranche en effet par rapport aux statuettes classiques. "Ceci n'est pas une bûche, je suppose…", a ironisé le comédien français, avant d'espérer "qu'elle finisse sur la cheminée, pas dans la cheminée".
Pas mal de couacs techniques ont aussi émaillé la soirée. Mais pas question de les cacher. Au contraire, on les souligne… Comme lors de la transition vers le public, relégué… "sur le parking", dans une tente installée à côté de Flagey. Celui-ci a remis son prix du meilleur film à On vous croit de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys (et son coup de cœur à Myriem Akheddiou), le grand vainqueur de la soirée avec huit prix (sur 11 nominations), dont ceux du meilleur film et de la meilleure actrice. De quoi déjouer les critiques de celles et ceux qui veulent voir une déconnexion entre la profession ou la critique et les spectateurs…

Une cérémonie peu politique
Le surréalisme, c'était aussi de faire appel, du côté des remettants, à des personnalités au-delà du petit monde du cinéma : un médecin légiste star (Philippe Boxho), un chef étoilé (San Degeimbre) ou une militante climat (Adélaïde Charlier). Laquelle a salué "les peuples congolais, palestiniens, iraniens, soudanais et tant d'autres", lors d'une cérémonie qui, n'en déplaise à la très frileuse Fondation Magritte, fut très peu politique – "Faites attention. On va pas pouvoir changer de nom chaque année", avait mis en garde la maîtresse de cérémonie… Même si le comédien Yoann Zimmer a donné "rendez-vous le 12 mars pour la manifestation nationale contre les mesures du gouvernement Arizona".
Le seul moment de vérité fut finalement l'hommage à Émilie Dequenne, décédée il y a un an à l'âge de 43 ans. Aux côtés de son complice de France Inter Frédéric Fromet, Charline a chanté "Dans les yeux d'Émilie". Avec pas mal de paires d'yeux embués dans la salle, notamment ceux des frères Dardenne, totalement oubliés pour leur film Jeunes mères.
