Autant de succès que de polémiques: Sydney Sweeney, nouvelle sensation de Hollywood
À l'affiche de "La femme de ménage", quelques mois après la controverse des jeans, l'actrice est devenue une égérie paradoxale de l'Amérique. Retour sur un phénomène à peine croisée en interview.
- Publié le 21-12-2025 à 09h09

Il serait difficile de dire qu'on a interviewé Sydney Sweeney.
Dans les junkets robotisés auxquels la presse écrite est désormais assignée, nos dix minutes d'entretien avec Sydney Sweeney et Amanda Seyfried (les deux actrices de La Femme de ménage répondaient ensemble aux questions) se sont réduites comme peau de chagrin à six minutes.
Tout juste le temps donc, d'admirer l'aura des deux actrices et coproductrices qui se sont félicité que le film donne le premier rôle à deux actrices "blondes et badass".
Sous un bronzage californien et un sourire ultra bright, pour décrire le livre de Freida McFadden racontant la rébellion d'une femme de ménage face à ses employeurs déviants, Sydney Sweeney a employé deux fois le mot "juicy" qu'on pourrait traduire par "juteux" ou "croustillant".
"Juicy" on n'aurait pas trouvé mieux pour caractériser ce qui entoure la carrière de l'actrice de 28 ans depuis la polémique American Eagle cet été, une marque de jean représentée par Sydney Sweeney qui jouait dangereusement sur les mots – le slogan "Sydney Sweeney has good jeans" peut s'entendre comme "Sydney Sweeney has good genes" (Sydney Sweeney a de bons gènes) et se faire vecteur d'une campagne suprémaciste blanche mettant en avant les "bons" gènes d'une jeune fille blonde aux yeux bleus.
Symbole du clivage de l'Amérique
Propulsée dès lors icône anti-woke de l'Amérique MAGA, dans une version de la femme parfaite américaine blonde et blanche, l'actrice s'est pourtant dédouanée de toute implication et refusée à alimenter un "discours de haine" (tout en faisant "juteusement" grimper les chiffres en bourse d'American Eagle).
Issue d'une famille républicaine (parti auquel elle serait affiliée depuis juin 2024), ses choix artistiques ne lui prêtent pas d'idéologie particulière mais montrent qu'elle sait jouer avec les codes de la blonde hollywoodienne.
Comme Bardot en son temps Sweeney ne craint pas la sexualisation (du clip Angry des Rolling Stones à moitié nue sur le capot de la voiture au rôle plus vulnérable de Cassie dans la série Euphoria), et s'autorise des variations de registre, légères (la comédie romantique Tout sauf toi, la série White Lotus), voire "puissantes" (la lanceuse d'alerte dans le film Reality et son rôle de boxeuse dans le prochain biopic Christy pour lequel elle a pris treize kilos).
Mais au-delà de la campagne American Eagle on peut s'interroger sur la manière dont le corps de Sydney Sweeney symbolise aujourd'hui le clivage idéologique de l'Amérique, et dont le corps des femmes continue de "scandaliser" l'espace public. De Bardot à Sweeney, il y a là un autre continuum de contrôle social à observer, et qui n'est pas du côté des femmes.
