Entre les professionnels du cinéma et Maxime Saada de Canal+ : le grand désamour
En réponse aux 600 professionnels du cinéma qui ont signé une pétition dénonçant la mainmise de Bolloré, principal actionnaire du groupe Canal, le patron de la chaîne cryptée annonce leur boycott généralisé. Remous à Cannes.

- Publié le 18-05-2026 à 14h43
- Mis à jour le 18-05-2026 à 16h44

Ils ont pour eux la force du nombre, il a pour lui le poids des milliards. Entre les professionnels du cinéma et Maxime Saada, patron de Canal+, la guerre est désormais déclarée. La pétition signée par 600 d'entre eux à l'entame du festival de Cannes, afin de "dénoncer la mainmise de Bolloré sur le cinéma français", ne présageait rien de bon.
Dans leur texte, les signataires soulignaient qu'en "laissant le cinéma français aux mains d'un patron d'extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l'imaginaire collectif". Ils rappelaient, en outre que "derrière son costume d'homme d'affaires, le milliardaire ne cache pas qu'il mène un 'projet civilisationnel', réactionnaire d'extrême droite, à travers ses chaînes de télévision comme CNews et ses maisons d'édition." Une fronde qui fait écho à celle menée par quelque 200 auteurs publiés chez Grasset (groupe Bolloré).
Accusations auxquelles Maxime Saada, patron de Canal+, a répondu dimanche en annonçant qu'il ne travaillerait plus avec aucun d'entre eux, refusant de "se faire traiter de crypto-fasciste" par ces 600 signataires, parmi lesquels figurent des personnalités aussi importantes que Juliette Binoche, Adèle Haenel, Raymond Depardon, Sergi Lopez, William Lebghil, Blanche Gardin ou Swann Arlaud.

Une décision qui ne fait que corroborer le sentiment délétère généralisé à l'encontre du groupe français alors que de nombreux observateurs déplorent depuis plusieurs années la disparition de l'esprit frondeur qui avait fait la réputation de Canal+.
Mais Maxime Saada dénonce cette analyse : "J'ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes Canal qui s'attachent à défendre l'indépendance de Canal+, dans toute la diversité de ses choix, a-t-il déclaré à l'AFP. Et en conséquence, je ne travaillerai plus, je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition."
Le 7e art hexagonal dans la tourmente
La mesure de rétorsion est loin d'être anodine, en raison du nombre de signataires visés – des cinéastes, des acteurs et actrices, mais aussi des techniciens, des chefs opérateurs, des producteurs, des scriptes, etc. -, mais aussi du poids prépondérant de Canal dans le paysage audiovisuel et culturel français. Le groupe est en effet le principal soutien financier du cinéma français.
La pétition, publiée dans le journal Libération, a été inspirée par l'objectif affiché par le groupe Canal+ d'acquérir 100 % du capital d'UGC et de son réseau de salles de cinéma, dont il s'était déjà emparé de 34 % fin 2025. Or, depuis 2014, le milliardaire Vincent Bolloré est l'actionnaire principal de Canal+, groupe dont il détient désormais 30,04 % des parts. Avec 220 millions d'euros injectés dans la production cinématographique hexagonale, Canal+ est le plus important soutien financier privé du secteur devant France Télévisions, TF1, M6 et Netflix.
La situation est d'autant plus inquiétante qu'elle survient au moment où le secteur, déjà en difficulté, accuse un recul de 13,6 % de la fréquentation des salles de cinéma en France, en 2025 par rapport à 2024.
La réaction des signataires, elle non plus, ne s'est pas fait attendre : "Pouvons-nous encore croire à l'indépendance de Canal+ vis-à-vis du milliardaire d'extrême droite, contre lequel il est désormais officiellement impossible de s'exprimer ?", a rétorqué le collectif "Zapper Bolloré".
L'indépendance de Canal en question
Certaines voix discordantes s'élèvent en plein cœur de ce conflit pour en dénoncer la virulence. Ainsi Gaëtan Bruel, directeur du CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée), a regretté ce lundi matin, au micro de France Inter, la réaction de Maxime Saada et la mesure générale annoncée.
"Sur le plan de la liberté d'expression, ça pose question, a-t-il précisé. Le droit à la critique fait partie de ce principe fondamental." Gaëtan Bruel a toutefois appelé au calme, estimant qu'il est "factuellement faux de dire que Canal aurait renoncé à soutenir toute la diversité du cinéma. Je ne me retrouve pas dans les faits qu'ils dénoncent […] et il faut faire attention aux prophéties autoréalisatrices", a-t-il ajouté.
De son côté, Maxime Saada, qui a rappelé le rôle primordial du CNC dans la préservation de l'exception culturelle française, a encore ajouté : "Je suis fatigué d'expliquer que Canal+ soutient tous les cinémas, toute la diversité, que des films comme L'Histoire de Souleymane ne se seraient pas faits sans Canal+".
Dans les faits, en excluant d'office les 600 signataires de cette pétition, Maxime Saada peinera pourtant à maintenir la diversité de son offre cinéma.