À Cannes, Cronenberg noie son chagrin dans de tristes "Linceuls"
Lundi soir, David Cronenberg s'est échoué en Compétition du 77e Festival de Cannes, avec un film très personnel où, a travers son double à l'écran Vincent Cassel, il évoque le deuil de sa femme de façon embarrassante…

- Publié le 21-05-2024 à 08h49
- Mis à jour le 25-05-2024 à 11h44

Les vieux cinéastes ne sont décidément pas en forme en ce 77e Festival de Cannes. Après Francis Ford Coppola (Megaopolis) et Paul Schrader (Oh, Canada), David Cronenberg, 81 ans, est le troisième grand nom du cinéma à avoir déçu en Compétition, lundi soir, Les Linceuls, un film très maladroit, dans lequel le Canadien évoque le deuil de sa femme, morte en 2017 a l'âge de 66 ans.
Tombes connectées
Entrepreneur à succès, Karsh (Vincent Cassel) ne se remet pas de la mort de sa femme Becca (Diane Kruger). À la tête de la société GraveTech, celui-ci a mis au point une technologie permettant de rester au plus près de ses chers disparus. Et ce grâce à des linceuls connectés à des tombes hi-tech et à une application sur téléphone portable permettant d'assister en direct à la décomposition de leur corps…
Une nuit, neuf tombes de son cimetière expérimental sont profanées, dont celle de son épouse. Avec l'aide de sa belle-sœur (Diane Kruger) et de l'ex-mari de celle-ci (Guy Pearce), informaticien qui lui a créé Hunny (qui a la voix de Diane Kruger), une intelligence artificielle personnalisée, Karsh tente de comprendre qui en veut à sa technologie. Et pourquoi les squelettes semblent développer des espèces de tumeurs post-mortem…

Ridicule
Depuis Crash en 1996, c'est la cinquième fois que David Cronenberg participe à la Compétition cannoise. Avec un seul prix à la clé, celui de la meilleure actrice pour Julianne Moore dans Maps to the Star en 2014. Deux ans après avoir dévoilé sur la Croisette Les Crimes du futur, il y a peu de chance qu'il améliore son palmarès samedi soir. Les Linceuls est en effet un échec à tout point de vue. Qu'il est triste de voir un grand cinéaste s'abîmer de la sorte…
Plombé par sa totale absence de rythme, Les Linceuls laisse sans cesse l'espoir que l'intrigue va enfin démarrer, nous mener vers quelque chose d'intéressant sur le développement de l'intelligence artificielle ou l'omniprésence de la technologie jusque dans la mort. Il n'en est rien. Portant son deuil en bandoulière, le double à l'écran de Cronenberg (Vincent Cassel est habillé et coiffé comme le cinéaste) promène son chagrin de scène en scène, débitant des lignes de dialogues indigestes et indigents. Lesquels font souvent rire, sans que l'on ne soit sûr que c'est le but recherché…
Comme dans son premier roman, le totalement loufoque Consumés, paru en 2016, Cronenberg laisse son imagination divaguer à la lisière des théories du complot, entre hackers russes et espionnage de masse chinois. Mais tout cela tourne en rond et finit en eau de boudin. Tandis que, quand il se fait cronenbergien, le cinéaste ne convainc pas plus. Quand il convoque ses fantasmes de body horror, en écho notamment à Crash, cela sonne, malgré la sincérité, comme du réchauffé. Sans parler des scènes de sexe entre Vincent Cassel et Diane Kruger qui se révèlent pour le moins embarrassantes…

The Shrouds/Les Linceuls science-fiction Scénario et réalisation David Cronenberg Photographie Douglas Koch Musique Howard Shore Montage Christopher Donaldson Avec Vincent Cassel, Diane Kruger, Léa Seydoux, Guy Pearce, Sandrine Holt… Durée 1h56