Cannes 2025 : "Sirât", trip techno dans le désert marocain
Jeudi soir, en Compétition du 78e Festival de Cannes, Sergi Lopez se perdait dans un clip, interminable et poseur, du Franco-Espagnol Oliver Laxe.

- Publié le 16-05-2025 à 20h44
- Mis à jour le 03-08-2025 à 16h25

Ce jeudi soir à Cannes, la Compétition accueillait pour la première fois Oliver Laxe. Prix du jury Un Certain Regard en 2019 pour Viendra le feu (resté inédit chez nous), le Franco-Espagnol montait en grade avec Sirât. Un trip de deux heures entre Mad Max et Alejandro Jodorowski. Un mariage bâtard qui a partagé la critique. Même si, lors de la vision de presse tardive, les applaudissements étaient plutôt nourris… À moins qu'on applaudisse le fait d'être resté jusqu'au bout de ce film de genre plutôt expérimental.
Dans son quatrième long métrage, Laxe nous plonge dans une rave party organisée dans un paysage montagneux grandiose du sud du Maroc. Au rythme des basses, des centaines de personnes dansent, en transe. Dans le décor, Luis (Sergi Lopez) et son fils Esteban semblent perdus. Distribuant des affichettes aux participants, ils sont à la recherche de Mar, la fille de Luis. Alors qu'au petit matin, l'armée marocaine débarque pour mettre fin à la fête et emmener tout le monde, le père et le fils décident de prendre la tangente à bord de leur petit van, en suivant à travers l'Atlas et le désert le camping-car et le camion d'un groupe de ravers franco-espagnols, qui se rendent vers une autre fête organisée en Mauritanie. Le voyage dans cette nature hostile s'annonce éprouvant…
Expérience sensorielle
Dans la tradition islamique, le sirât est le pont qui relie le Paradis et l'Enfer. Aussi étroit qu'une aiguille, aussi acéré qu'une épée, précise Laxe en ouverture de son film. Nous voilà prévenus… Présentant son film comme une méditation sur la vie, la mort et le deuil, le réalisateur signe un objet étrange, conçu en collaboration avec le DJ français Kangding Ray, dont la bande-son techno ne laisse que peu de répit au spectateur.
La volonté est claire : faire vivre au spectateur une expérience physique, pour ne pas dire tripale, pour rendre compte du voyage, autant intérieur que géographique, de ces personnages campés par une vraie brochette de "gueules", avec un manchot et un unijambiste, qui jouent visiblement leur propre rôle, dans une ambiance de fin du monde. Alors que la radio annonce le déclenchement de la Troisième Guerre mondiale, ces marginaux forment une famille recomposée loin de tout modèle classique.

Génial ou grotesque ?
Mais, poseur, encombré par ses références, Oliver Laxe en fait trop. Malgré quelques scènes très fortes cherchant à choquer le spectateur en le désarçonnant par rapport à ses habitudes narratives, de belles idées et des moments de bravoure (à la Werner Herzog, période Aguirre et Fitzcarraldo), le cinéaste finit par lasser et par s'enfoncer dans une forme de spectacle grotesque, où l'on ne sait pas trop si l'humour est volontaire ou non. À tel point qu'on en vient à se désintéresser totalement de ce qu'il peut arriver à ces personnages errant comme des morts-vivants dans le désert.
Reste une vraie proposition de cinéma, qui pourrait séduire le jury de Juliette Binoche. D'autant que le cinéma de genre à la cote sur la Croisette depuis quelques années…
Sirât Trip techno De Oliver Laxe Scénario Oliver Laxe et Santiago Fillol Photographie Maura Herce Musique Kangding Ray Montage Cristóbal Fernández Avec Jade Oukid, Bruno Núñez, Sergi Lopez, Stefania Gadda… Durée 2h