À Cannes 2025, la folle histoire de "L'Agent secret" de Kleber Mendonça Filho
Ce dimanche après-midi, en Compétition du 78e Festival de Cannes, le cinéaste brésilien retrouvait son Nordeste natal pour un hommage éclatant au cinéma des années 1970, avec un grand Wagner Moura.

- Publié le 18-05-2025 à 17h40

Ce dimanche après-midi, Kleber Mendonça Filho faisait son entrée en Compétition à Cannes avec L'Agent secret ***, un thriller au soleil visuellement époustouflant et construit de façon fascinante, dans lequel le cinéaste nous replonge dans le Brésil trouble de 1977.
Le film s'ouvre sur une séquence mémorable. Roulant depuis trois jours à bord d'une Coccinelle jaune vif, Marcello (Wagner Moura) se dirige vers Recife, sa ville natale dans le Nordeste. Alors qu'il s'arrête dans une station d'essence, le bonhomme tombe sur un cadavre, qui pourrit au soleil depuis plusieurs jours. Trop occupée par les célébrations du Carnaval, la police ne s'est pas encore déplacée. Et quand elle arrive, ce n'est pas pour le corps en décomposition, mais pour contrôler cet étranger…
Le soleil est éclatant, les couleurs vives, à la radio, on passe d'anciennes sambas langoureuses qui ont fait danser tout le monde dans les années 1950. … Pourtant, se met en place un sentiment de paranoïa qui ne quittera plus le spectateur, bien en peine, durant un bon tiers du film, de comprendre qui est ce Marcelo, qui trouve refuge dans une petite communauté tenue par une sympathique vieille dame. Laquelle lui a trouvé un boulot à l'administration de Recife…
Un polar à Recife
C'est la troisième fois que Kleber Mendonça Filho est en Compétition à Cannes. Après la dystopie dans Aquarius en 2016 et le western revisité dans Bacurau (prix du jury en 2019), le Brésilien s'essaye cette fois au polar. Mais il ne quitte pas pour autant son cher Nordeste, région où il a grandi dans les années 1970, avant d'émigrer à Londres avec sa mère.
Mis en scène de façon époustouflante et baignant dans une bande-son envoûtante, L'Agent Secret est d'abord un brillant hommage au cinéma des années 1970, dont Mendonça Filho reprend les codes stylistiques : image légèrement saturée, générique final en split-screen et surtout des personnages bien typés : le bellâtre mystérieux, les flics corrompus, les tueurs à gage sans scrupule… Tandis que le réalisateur n'a pas son pareil pour recréer l'ambiance du Brésil de cette époque, dans une série de tableaux plus atmosphérique les uns que les autres.

Un merveilleux acteur
Malgré la stylisation extrême et le côté exercice de style, le Brésilien signe pourtant un film de genre d'une profonde humanité, qui questionne la filiation. Car Marcelo est non seulement de retour à Recife pour renouer avec son jeune fils, mais aussi pour tenter de retrouver quelque information sur la mère…
Devant faire face à une société totalement vérolée — sur fond de dictature, de chasse aux communistes et d'un libéralisme carnassier —, ce héros du quotidien est campé par un merveilleux acteur. Révélé dans Trop de Elite de José Padilha (Ours d'or à Berlin en 2008), revu à Hollywood dans Elysium de Neill Blomkamp ou Civil War d'Alex Garland, Wagner Moura est magnifique. Également producteur du film, il apporte une grande profondeur à cet homme traqué, en quête d'un avenir meilleur pour son fils.
O Agente Secreto/L'Agent Secret Drame Scénario et réalisation Kleber Mendonça Filho Photographie Evgenia Alexandrova Musique Tomaz Alves Souza et Mateus Alves Montage Eduardo Serrano et Matheus Farias Avec Wagner Moura, Gabriel Leone, Maria Fernanda Candido, Udo Kier, Thomas de Aquino… Durée 2h38