Cannes 2025: avec "Romería", Carla Simón signe une délicate enquête autobiographique
Mercredi après-midi, en Compétition du 78e Festival de Cannes, la jeune cinéaste espagnole a ému avec un drame sensible sur une jeune fille de 18 ans en quête de ses parents biologiques en Galice.

- Publié le 21-05-2025 à 16h55
- Mis à jour le 22-05-2025 à 07h48

Mercredi après-midi, l'Espagne faisait sa seconde entrée en Compétition à Cannes, après le choc de Sirât d'Oliver Laxe, en début de festival. Avec Romería, on est dans un tout autre registre, beaucoup plus intime, mais tout aussi personnel.
Il y a en effet une dimension profondément autobiographique dans le troisième long métrage de Carla Simón, qui s'attache une fois encore à disséquer les liens familiaux. Comme c'était le cas dans Alcarràs (Nos soleils), qui lui avait valu l'Ours d'or à Berlin en 2022.
La jeune cinéaste espagnole revient plus encore ici à son premier long métrage Été 93 (prix du meilleur premier film à la Berlinale en 2017), où il était question d'une petite fille de six ans, Frida, orpheline de parents morts du sida, quittant Barcelone pour se construire une nouvelle famille auprès de son oncle.
Secrets de famille
Marina (Llúcia Garcia), l'héroïne de Romería, pourrait être une version plus âgée de Frida. À 18 ans, armée du journal intime de sa mère, la jeune fille retourne sur les traces de ses parents biologiques à Vigo, en Galice. Là, elle retrouve la famille de son père, qu'elle n'a jamais connu. Une famille nombreuse, entre oncles, tantes, cousins…, avec lesquels elle va tenter de créer un lien pour tenter de comprendre la vie de ses parents avant sa naissance. Mais Marina fait face à de nombreux silences, suite à un secret de famille que ses grands-parents n'ont aucune envie de déterrer.
Chapitré de façon méticuleuse, au jour le jour du séjour galicien de l'héroïne en 2004, mais aussi au gré des entrées du journal intime de sa mère en 1986. Mais il n'est pas simple de faire se répondre la réalité de deux époques, de faire coïncider ce qu'il s'est vraiment passé et le souvenir qu'en ont gardé ceux qui, pour elle, restent des étrangers…

En quête des origines
Romería est construit comme une vraie enquête familiale. À chaque rencontre, au détour d'une conservation ou d'une situation anodine, Marina en apprend un peu plus sur la vie compliquée de ses géniteurs, tente de rassembler les pièces du puzzle de son passé. Un rôle évidemment très proche de Carla Simón, qui fait d'ailleurs de Marina une jeune aspirante réalisatrice, toujours armée d'une caméra vidéo pour tenter de capter des moments de vie pour l'éternité.
Sur le sujet universel de la quête des origines, qui est d'ores et déjà l'un des thèmes majeurs de ce 78e Festival de Cannes, la cinéaste espagnole signe un drame délicat, d'une grande sensibilité. Le tout porté par une jeune comédienne non professionnelle — c'était déjà le cas dans Alcarràs —, Llúcia Garcia, qui illumine le film de sa présence et de son authenticité.
Romería Drame Scénario et réalisation Carla Simón Photographie Hélène Louvart Musique Ernest Pipó Montage Sergio Jiménez et Ana Pfaff Avec Llúcia Garcia, Mitch, Tristán Ulloa, Janet Novás, Celine Tyll… Durée 1h55