Cannes 2026 : une édition marquée par la crainte de l'avenir
Samedi soir, le jury a décerné la Palme d'or à "Fjord", qui décrit une société polarisée. À l'issue d'une quinzaine sur laquelle a plané l'ombre du retour du fascisme.

- Publié le 24-05-2026 à 11h03
- Mis à jour le 25-05-2026 à 12h16

Sur les 22 longs métrages en Compétition cette année, le jury a fait ressortir des films profondément politiques, décrivant une société européenne profondément divisée (la Palme d'or Fjord du Roumain Cristian Mungiu), une Russie en guerre contre l'Ukraine (le Grand Prix Minotaure du Russe Andreï Zviaguintsev) ou une inquiétude face au sombre avenir qui s'annonce.
Avec, en guise de questionnement le plus abouti, celui du Japonais Ryūsuke Hamaguchi dans le formidable Soudain (primé pour ses actrices, dont Virginie Efira), qui brasse toutes les grandes questions, de la fin de vie au capitalisme (à moins que ce soit la même chose, interroge le cinéaste dans une brillante démonstration centrale), en passant par l'amitié, la démence, le théâtre et la difficulté de communiquer…

Une tribune et une liste noire
Cette crainte de l'avenir s'est aussi incarnée par le malaise qui a traversé tout le festival avec la publication dans Libération, à l'ouverture de celui-ci, d'une tribune appelant à "Zapper Bolloré". Dénonçant la mainmise de l'extrême-droitier Vincent Bolloré sur le cinéma français, celle-ci a été suivie par la réaction immédiate de Maxime Saada, patron de Canal+, de créer une liste noire reprenant les 600 signataires, avec qui son groupe dit "ne plus vouloir travailler". De quoi faire huer copieusement les logos de Canal+ et Studio Canal quand ceux-ci apparaissaient à l'écran à Cannes durant les projections publiques.
Parmi les signataires, on trouve quelques noms qui ont fait l'actualité de la Compétition, comme Emmanuel Marre et Swann Arlaud (Notre salut) ou Arthur Harari. Lors de la conférence de presse de son film L'Inconnue, le cinéaste français a déclaré : "Il faut nommer les choses quand elles existent. […] Dans un an, il y a des élections. Il n'y a jamais eu autant la possibilité qu'un parti d'extrême droite prenne le pouvoir. Il fallait que quelque chose soit nommé sur la situation de ce groupe fondamental (Canal+) dans le financement du cinéma français, mais aussi européen."
Les déclarations de Saada ont jeté un froid. Mais c'est plutôt l'effet inverse à celui recherché qui a été atteint, puisque la tribune est désormais signée par plus de 3500 professionnels. Dont de grands noms internationaux : Ken Loach (que l'on a vu défiler sur le tapis rouge, à 89 ans), Javier Bardem, Mark Ruffalo, Yorgos Lanthimos ou encore Aki Kaurismaki.

"Gilles Lelâche"
Reste que, du côté des grandes stars françaises, il semblait très difficile de se positionner clairement. Comme en a témoigné le bad buzz dont a été victime Gilles Lellouche lors de la conférence de presse de Moulin du Hongrois László Nemes. Alors qu'il y campe le héros de la résistance française, l'acteur a refusé de se positionner, en vue des élections présidentielles de 2027, contre l'extrême droite et le Rassemblement national. Un parti pourtant créé par des collaborateurs, dont deux anciens Waffen-SS, Pierre Bousquet et Léon Gaultier… De quoi se faire immédiatement renommer "Gilles Lelâche" sur les réseaux sociaux.
Marque de l'inquiétude diffuse face au retour du fascisme, de nombreux films dévoilés à Cannes revenaient sur la Seconde Guerre mondiale : Moulin et Notre salut en Compétition, mais aussi le premier volet du diptyque La Bataille De Gaulle (avec Simon Abkarian dans le rôle du grand Charles) d'Antonin Baudry, qui sort ce 27 mai au cinéma. Mais, là encore, il semblait s'agir pour le cinéaste de parler de la résistance uniquement au passé, sans faire de pont avec aujourd'hui…
