Faye Dunaway, honorée au Festival de Deauville, "à jamais Bonnie Parker dans l'âme"
Grande figure du Nouvel Hollywood, l'actrice de 85 ans était l'invitée de prestige du Festival de Deauville, ce mercredi. Elle y a reçu un "Icon Award".

- Publié le 10-09-2026 à 12h37
- Mis à jour le 10-09-2026 à 22h20

Tailleur-pantalon blanc et Borsalino rose, Faye Dunaway n'a rien perdu de son charisme. Deauville se souviendra longtemps de son passage sur le tapis rouge et sur les planches qui bordent sa plage. D'autant que le rendez-vous pour inaugurer la cabine qui porte son nom a été postposé de 24h en raison des caprices de la météo normande. Mais qu'à cela ne tienne, la voilà fidèle au poste, ce mercredi en fin d'après-midi, avec un public qui lui pardonne tout. À commencer par son heure de retard à la cérémonie de la veille, pour la remise de son "Icon Award" sur scène. N'est-ce pas à cela qu'on mesure l'aura d'une star ? À l'attente qu'elle suscite auprès de ses fans ? Et à la standing ovation qui lui a été réservée, saluant une carrière riche en rôles de femmes fortes et déterminées.
"Merci infiniment, vous êtes très gentils, trop gentils" a-t-elle déclaré dans son français délicieusement chantant, soulignant qu'elle n'a jamais été aussi bien accueillie que dans ce pays dont elle a étudié la langue durant 8 ans à l'adolescence. "La France tient une place particulière dans mon cœur, en raison de son amour du cinéma. Les plus grands films y sont présentés dans divers festivals dont celui de Cannes."

Recevoir un Icon Award dans le cadre du Festival du cinéma américain de Deauville est une expérience "très particulière, très touchante, qui me rend très humble. J'ai toujours essayé de faire mon métier du mieux que je pouvais et si cela est reconnu aujourd'hui encore, c'est vraiment très gratifiant. Je ne suis même pas sûre de la signification du terme Icône, mais c'est sans doute une reconnaissance de ce que j'ai essayé d'accomplir à travers mon travail. Le travail a toujours été une partie très importante de ma vie, mais pas toute ma vie", confie-t-elle mercredi soir face à un petit groupe de journalistes.
Parmi les nombreux réalisateurs ou partenaires de jeu qu'elle a admirés, Faye Dunaway cite John Cassavetes, Elia Kazan "qui m'a appris tout ce que je sais. Robert Redford et Jack Nicholson. Tous les bons réalisateurs savent et s'identifient à qui vous êtes. Ils essaient de faire ressortir ce qu'il y a de bon en vous, vos capacités." Dans les années 60 et 70, l'actrice a tourné avec les plus grands, imposant son aura de femme complexe et rebelle. Un style iconique qui transparaissait déjà dans le Bonnie & Clyde d'Arthur Penn. Le rôle dont elle continue à se "sentir le plus proche aujourd'hui. Je m'identifiais beaucoup à elle."
Malgré ces personnages forts et son aura, il lui est arrivé de ressentir pas mal de sexisme dans les années 60 et 70. "On peut le ressentir quand on est plus jeune et que les gens ne vous comprennent pas ou ne vous considèrent pas à votre juste valeur, et qu'ils pensent seulement que vous êtes un nouveau visage, guère plus. Vous devez toujours vous en protéger et être considérée pour la (jeune) femme que vous êtes. Vous devez toujours avoir votre propre identité."
J'ai toujours été mon propre patron
Son parcours est associé à un certain essor du féminisme. "Je l'espère, je crois d'ailleurs qu'on me l'a dit. J'ai toujours été mon propre patron. J'ai joué des femmes très indépendantes, qui ont accompli des choses remarquables dans leur vie. Et je pense que cela a probablement influencé la culture. Je suis fière de tous mes films et particulièrement de Bonnie and Clyde."
Influenceuse avant l'heure ?
Un film qui a aussi imposé un style vestimentaire… "La styliste Theodora van Runkle était très importante pour moi. Elle a conçu tellement de mes costumes." Des tenues qui lui ont permis d'imposer son style, très envié, comme dans Thomas Crown aux côtés de Steve McQueen. Faisant d'elle une influenceuse avant l'heure... "Je ne sais pas, mais je pense que cela doit être vrai. Mais je n'en étais pas consciente à l'époque."
Du côté des actrices, ses modèles ont pour noms "Katharine Hepburne, bien sûr. Joanne Woodward et Patricia Neal, elle avait une telle force et une telle réalité. Vous ne pouvez pas regarder une performance de Patricia Neal et dire qu'il n'y a pas une grande partie d'elle-même dans le film. Nous donnons tout de nous-même lorsque nous essayons de créer un rôle."

Cette passion ne l'a pas quittée et la pousse à accepter encore des nouveaux rôles aujourd'hui. "J'aime y trouver quelque chose dans lequel je crois. Probablement que j'ai joué certains rôles qui ne correspondaient pas à ce que je croyais. Mais je recherche ceux qui me renforcent et transmettent qui je suis. Le travail vous donne une identité."
À ses yeux, la façon dont on regarde les jeunes actrices n'a pas vraiment changé. "Parce que les jeunes actrices sont vulnérables. Elles veulent que leur travail soit bon. Elles veulent être reconnues pour qui elles sont, pas juste un joli visage. Je pense que c'est malheureux."
La fidélité à soi-même est la meilleure façon de survivre à Hollywood...
Sur scène, Faye Dunaway était accompagnée par Nicola Peltz Beckham, sa partenaire dans Prima, le nouveau film des frères Morelli. "Je connaissais leur travail, leur photographie et j'étais intéressée par eux. J'aimais le fait que je sois la grand-mère de Nicola, que je puisse la diriger dans la bonne direction. Et Nicola est tellement spéciale. C'est une personne charmante." Une jeune comédienne pleine d'atouts à ses yeux.
Et si elle devait lui donner un conseil pour survivre à Hollywood ? "Vous devez être vous-même. Vous devez savoir et vous battre pour qui vous êtes, pour ce en quoi vous croyez, ainsi que ce que vous voulez incarner. C'est très important d'être fin, intelligent, sensible et émotionnel dans vos choix. Votre volonté et votre façon de résister, passe par votre carrière, ce que vous investissez dans vos rôles, votre vie."
À 85 ans, Faye Dunaway pourrait consacrer tout son temps à son fils et son petit-fils, mais l'actrice continue à être passionnée par son métier. "J'aime apporter mon expérience, ma sensibilité et mes émotions à l'interprétation des personnages. C'est plus difficile de trouver de bons scripts en vieillissant. En revanche, estime-t-elle : vous avez plus d'intuition et d'intelligence sur tout. Vous êtes moins vulnérable, plus en accord avec qui vous êtes en vieillissant. Lorsque vous êtes jeune, vous êtes très impressionnable, cela vous blesse plus facilement. Et vous pouvez faire de mauvais choix."

Dans ce petit salon de l'Hôtel Royal, tout était prêt pour recevoir la star et répondre à ses moindres désirs : Coca zéro, Red Bull, eau pétillante, thé citron et même une pizza margarita, si la faim devait se faire sentir, car l'horloge affiche 19h maintenant.
Également scénariste et productrice, celle qui a été oscarisée pour Network, main basse sur la télévision de Sydney Lumet a accumulé les récompenses au fil des ans : un Bafta, un Emmy Award et deux Golden Globes. Durant ces deux derniers jours à Deauville, elle a démontré qu'elle était avant tout une comédienne d'exception, chaleureuse et soucieuse de bien répondre aux questions. Une personnalité complexe que le portrait, riche en anecdotes, réalisé par Laurent Bouzereau dans le documentaire Faye disponible sur HBO Max, permet de continuer à explorer.