La leçon de cinéma de Steven Spielberg à la Berlinale 2023 : "Apprenez à écrire un bon scénario"
Le réalisateur a reçu un Ours d'or d'honneur. Il annonce qu'il va produire une série HBO d'après le mythique projet de Stanley Kubrick sur Napoléon.

- Publié le 22-02-2023 à 08h12
- Mis à jour le 22-02-2023 à 08h16

Steven Spielberg a reçu un Ours d'or d'honneur ce mardi 21 février au Festival de Berlin. De passage dans la capitale allemande, le réalisateur présentait également The Fabelmans, son nouveau film, consacré à son enfance et à l'histoire de sa famille.
En trente minutes d'une conférence de presse, le réalisateur américain a réussi à déclarer qu'il ne sait pas quel sera son prochain film, tout en annonçant qu'il va produire une série adaptée du grand œuvre inachevé de Stanley Kubrick. Il a aussi rendu hommage à François Truffaut, salué Janusz Kaminski, son fidèle directeur de la photo depuis trente ans et dispensé un conseil précieux aux jeunes réalisateurs.
En dehors de la naissance de mes enfants, rien ne dépasse ma joie à réaliser des films.
Après un film aussi personnel que Fabelmans, on pourrait redouter que le réalisateur a tout dit. Mais sa passion est intacte, a-t-il souligné d'emblée : "Je crois que rien n'a changé. Je crois que rien, en dehors de la naissance de mes enfants, ne dépasse ma joie à réaliser des films. Je ressens toujours le même niveau d'excitation chaque fois que je reçois un scénario ou qu'un ami vient me voir avec une idée originale dont je pense qu'elle ferait un bon film. Ce sentiment reste ce qui m'anime."
Voir un film en cachette
Aux sources de sa passion, il y a des films découverts enfants, comme il le révèle dans Fabelmans. Il a livré, à Berlin, une anecdote qui n'est pas dans le film : "Quand j'avais neuf ans, mes parents sont allés voir au cinéma La prisonnière du désert de John Ford. Ils ne m'avaient pas emmené, parce qu'ils craignaient que le film soit trop violent. Quand ils sont revenus, ils n'arrêtaient pas de parler du film. Le lendemain, j'y suis allé en cachette, tout seul. J'ai été fasciné, même si je n'ai compris les thématiques de ce grand western que bien des années plus tard."
La passion ne suffit pas, il faut aussi d'heureux hasards, comme celui qui lui a permis de tourner le téléfilm Duel qui a lancé sa carrière. "C'est adapté d'une nouvelle parue dans le magazine Playboy, écrite par Richard Matheson. Ma secrétaire me l'a transmise et m'a dit : "Tu devrais en faire un film." Je l'ai lu et je l'ai trouvé extraordinaire. Mais j'ai découvert qu'ils allaient en fait le tourner pour la chaîne ABC. Je me suis battu pour l'obtenir. Je ne sais même pas qui a influencé qui pour que je l'obtienne. Mais c'est l'un des meilleurs choix qu'ils aient pu faire, car il m'a ouvert les portes du monde entier. J'ai commencé à recevoir des offres pour réaliser des films."
C'est grâce à François Truffaut que j'ai tourné E.T.
Et il y a les rencontres, comme celle avec le réalisateur français François Truffaut, auquel il confie un rôle dans Rencontre du troisième type. "Il avait une âme d'enfant. C'est lui qui m'a dit : "Tu as le cœur d'un enfant. Tu dois faire des films avec des enfants. Je n'ai jamais oublié cela. C'est grâce à lui que j'ai tourné E.T."
Stanley Kubrick est une autre rencontre capitale. "Je l'ai rencontré sur un plateau de tournage, au Royaume-Uni. Il préparait The Shining et moi Les aventuriers de l'Arche perdue. C'était en novembre 1979. Il m'a invité à dîner chez lui ce soir-là et nous sommes restés des amis dès lors." Et d'ajouter cette nouvelle excitante : "Avec sa femme Christiane et son beau-frère John Harlan nous préparons une grande production pour HBO d'après le script original de Stanley sur Napoléon", le célèbre projet inachevé de Kubrick. Ce projet devrait être une mini-série en sept parties, précise encore Spielberg.
Il souligne encore l'impact du divorce de ses parents, mais qui a aussi eu des effets bénéfiques sur son œuvre : "Honnêtement, enfant, j'ai été très traumatisé par l'éclatement de ma famille. J'ai été attiré par exemple par L'Empire du soleil, où un garçon est séparé de ses parents et passe toute la guerre dans un camp d'internement japonais en Chine. Je suis sûr que si mes parents n'avaient pas divorcé, je n'aurais pas choisi certains films comme celui-là."
Quant à distinguer un film dans son impressionnante filmographie, le réalisateur s'y refuse : "Au risque de prononcer un cliché, mes films sont comme mes enfants : je n'ai pas de favori. Mais je peux vous dire que le film le plus dur que j'ai affronté est Les Dents de la mer. Terrifiant. Celui qui est resté le plus difficile physiquement et émotionnellement, pendant longtemps, était La liste de Schindler. Mais maintenant, le film le plus émotionnel que j'ai réalisé est Fabelmans. Certaines scènes étaient très, très difficiles à revivre."
Mes films sont comme mes enfants : je n'ai pas de favori.
Steven Spielberg est encore revenu sur les raisons qui l'ont poussé à se livrer de la sorte dans Fabelmans : "Je ne suis pas toujours conscient de ce qui me pousse à réaliser un film. Chaque projet est quelque chose qui me paraît pertinent au moment où je m'y lance. Durant la pandémie, j'avais plus de temps pour l'introspection et m'interroger sur le film que j'avais vraiment envie de faire." De longue date, Spielberg différait son désir de raconter cette histoire personnelle. Il redoutait de se confronter au souvenir de la séparation de ses parents. "La peur de la pandémie, affirme-t-il, m'a donné le courage de tourner ce film".
C'est une bonne histoire qui capte l'attention du public.
Dans Fabelmans, Spielberg évoque aussi sa rencontre avec John Ford et le conseil que celui-ci lui a prodigué. Aurait-il lui aussi un conseil pour les Spielberg en herbe ? "Le conseil que je donne habituellement n'est pas tant de savoir comment ils doivent tourner, mais comment reconnaître une bonne histoire. Si vous vous voulez être réalisateur, apprenez à écrire un bon scénario. Si vous sentez que ce n'est pas votre point fort d'écrire, faites comme moi : formez un partenariat solide avec un bon scénariste. Parce que c'est une bonne histoire qui capte l'attention du public, pas vos plans."
