Le Belge Tim Mielants fait l'ouverture de la Berlinale avec des "petites choses qui comptent"…
Son troisième long métrage "Small things like these", porté notamment par l'acteur Cillian Murphy, dénonce le scandale des couvents irlandais des Sœurs de la Madeleine.

- Publié le 15-02-2024 à 20h45
- Mis à jour le 16-02-2024 à 10h05

Pour son troisième long métrage (notamment après le récent Wil, sur la collaboration à Anvers), le réalisateur belge Tim Mielants a eu les honneurs de la cérémonie d'ouverture de la 74e édition de la Berlinale, ce jeudi soir. Un défilé sur tapis rouge aux côtés d'une partie de la distribution de son film, Small things like these, composée de Cillian Murphy, Eileen Walsh, Michelle Fairley et Emily Watson. Le film est une transposition du livre signé par Claire Keegan (The Quiet Girl), célèbre écrivaine irlandaise. Le scénario a été écrit par l'écrivain irlandais Enda Walsh, collaborateur coutumier du cinéaste flamand. Tim Mielants y retrouve aussi le comédien Cillian Murphy, récemment primé aux Golden Globes, partenaire de longue date de l'aventure Peaky Blinders.
À l'approche de Noël, on y suit les préparatifs de la famille Furlong. Si Eileen s'inquiète de l'organisation et des cadeaux à prévoir pour leurs cinq filles, son mari (Cillian Murphy) semble préoccupé, ailleurs… En allant livrer du charbon comme chaque jour, Bill a assisté à une scène déchirante : une jeune fille déposée, par ses parents, au couvent des Sœurs de la Madeleine afin d'y laver ses péchés. Ses pleurs et ses cris ont réveillé les souvenirs d'enfance de Bill, lui aussi placé sous le sceau de l'infamie d'être un enfant "sans père". En croisant, plus tard, deux gamins visiblement affamés ou en difficultés, Bill ne peut s'empêcher de penser qu'il n'en fait peut-être pas assez… Pourtant, tout autour de lui, chacun vaque à ses occupations sans broncher, comme si ces situations tragiques n'existaient pas. À mesure que les jours passent et que les souvenirs de sa propre mère affleurent, le malaise de Bill, irrésistiblement, grandit.
Les cris de détresse intérieurs des jeunes âmes condamnées
Le film de Tim Mielants met en lumière l'un des plus grands scandales qui a durablement entaché l'image de l'Église catholique irlandaise. Un odieux trafic qui mêlait la maltraitance de jeunes filles-mères, dans des couvents transformés en blanchisseries lucratives et placements d'enfants à l'adoption contre monnaie sonnante et trébuchante. Un marché hautement lucratif, dénoncé depuis dans quelques films et de nombreuses études historiques, remis en lumière récemment par la découverte de fosses communes, contenant près de 800 squelettes d'enfants, à côté du couvent de Tuam.
Entre 1820 et 1996, on estime que près de 20 000 jeunes filles ont été ainsi maintenues en état de servitude au sein de ces couvents de l'Eglise catholique, et leurs enfants vendus à des familles aisées. Un trafic qui avait touché d'autres pays européens et notamment l'Espagne.
Dans le film de Mielants, la formidable Emily Watson campe une mère supérieure inquiétante et retorse à souhait face à un Cillian Murphy en partie pétrifié et semblant redevenir un enfant meurtri à son contact. À travers ces deux personnages, la réalisation de Tim Mielants, tout en symbolisme et suggestions, met subtilement en lumière la toute-puissance de l'église irlandaise au sein de la population et la "mémoire du corps" qui fait que certains sons ou gestes "réveillent" les souvenirs qu'on pensait enfouis.
Marqué durablement par son passé et le destin tragique de sa mère, Bill se sent incapable de continuer à vivre comme si de rien n'était – comme l'y encouragent sa femme et une voisine bienveillante – refusant de fermer les yeux face à la détresse et à l'injustice manifeste vécues par ceux qu'il a croisés. Dans ce film seulement habité par le souffle de Bill, homme taiseux et discret, le réalisateur Tim Mielants parvient à rendre audibles les cris de détresse intérieurs de ces (jeunes) âmes (con) damnées. Le film est en compétition pour l'Ours d'or qui sera remis le 24 février prochain.
