"Queer" : Daniel Craig se dévoile sous un nouveau jour à la Mostra de Venise
Mardi soir sur le Lido, l'ex-James Bond était l'affiche, en Compétition, du nouveau film de l'Italien Luca Guadagnino. Une adaptation assez sage du roman de William S. Burroughs.

- Publié le 03-09-2024 à 18h53
- Mis à jour le 04-09-2024 à 11h37

Mardi en fin de journée, la Compétition de la 81e Mostra de Venise découvrait l'un des films attendus de la quinzaine : Queer, de l'enfant du pays, Luca Guadagnino, Avec ce neuvième long métrage, celui-ci livre une adaptation un poil sage du roman écrit par William S. Burroughs entre 1951 et 1953 comme une suite à son livre Junkie, mais publié en 1985 seulement. L'occasion pour Daniel Craig de plonger dans l'univers de la Beat Generation et de composer un rôle inédit dans la filmographie de l'ex-James Bond…
Queer s'ouvre à Mexico au début des années 1950. Pilier de la petite communauté des expatriés américains, William Lee (Daniel Craig) mène une existence de dilettante, passant ses journées et ses nuits à boire avec ses amis (dont l'impayable Jason Schwartzman), toujours en quête d'une nouvelle rencontre d'un soir.
Fréquentant assidûment le Ship Ahoy, un bar gay, le quinquagénaire pose un jour les yeux sur un beau jeune homme, Eugene Allerton (Drew Starkey), toujours en compagnie d'une jeune femme. Lee et ses amis sont incapables de déterminer si cet étudiant américain est "queer" ou non. Le quinquagénaire décide néanmoins de lui faire la cour, en lui faisant découvrir la vie nocturne de Mexico. Et si, pour une fois, c'était le début d'une relation plus sérieuse ?

Quatrième film à Venise
Luca Guadagnino est un habitué de la Mostra de Venise. Queer est en effet le quatrième film qu'il dévoile ici, après A Bigger Splash (son remake de La Piscine de Jacques Deray avec Tilda Swinton et Matthias Schoenaerts), Suspiria (remake du classique de Dario Argento en 2018) et surtout le formidable Bones and All, qui lui avait valu le Lion d'argent du meilleur réalisateur il y a deux ans.
À peine Challengers et Zendaya derrière lui, Guadagnino signe donc un nouveau film anglophone. Le projet est ambitieux, puisqu'il s'agit de s'attaquer à un mythe de la Beat Generation : William S. Burroughs. David Cronenberg s'y était plus ou moins cassé les dents avec Le Festin nu en 1992. Le cinéaste italien ne se montre guère plus inspiré.

Un trip romantique
De ce trip halluciné menant vers la découverte de l'ayahuasca en Amazonie, le réalisateur de Call Me by Your Name (inoubliable romance au masculin qui lança la carrière d'un certain Thimothée Chalamet en 2018) retient surtout la relation qui se noue entre ses deux personnages principaux, pas tout à fait à l'aise avec leur sexualité. Pour décrire celle-ci, Guadagnino oscille sans cesse entre le romantisme et la honte. On s'étonne ainsi de voir l'Italien filmer les échanges intimes entre Daniel Craig et Drew Starkey de façon parfois cauchemardesque, quasi moralisatrice.
Ce qui se justifie néanmoins parce qu'on est dans l'univers de Burroughs, que Luca Guadagnino transpose à l'écran en accentuant le côté artificiel de sa reconstitution, avec ce Mexique de pacotille reconstruit en studio à Cinecittà. Optant pour une mise en scène appuyée, ayant recours à une playlist anachronique et omniprésente, Queer ne parvient pas vraiment à nous faire plonger dans la psyché hallucinée de l'écrivain américain. À l'exception d'une scène de délire très réussie, où les deux corps des personnages s'enlacent dans une danse sensuelle et organique, quasi transcendantale…

Queer Drame De Luca Guadagnino Scénario Justin Kuritzkes (d'après le roman de William S. Burroughs) Photographie Sayombhu Mukdeeprom Musique Trent Reznor et Atticus Ross Montage Marco Costa Avec Daniel Craig, Drew Starkey, Lesley Manville, Jason Schwartzman, Andra Ursuta, Michael Borremans, David Lowery… Durée 2h15