La mobilisation du monde du cinéma pour Gaza
Ce mercredi, sort en salles le documentaire "Put Your Hand and Walk" de Sepideh Farsi, qui met en lumière le cauchemar des Palestiniens. Alors que quelque chose a bougé dans le monde du 7e Art.

- Publié le 24-09-2025 à 17h31

Si, lors de sa présentation à Cannes en mai dernier de Put Your Soul on Your Hand and Walk de Sepideh Farsi, il était encore compliqué de parler de Gaza dans le monde du cinéma, les choses ont bougé depuis quelques semaines, avec l'aggravation de la famine et l'annonce de l'opération terrestre de l'armée israélienne sur Gaza-Ville, désormais active.
Refusé, selon certaines sources, par le Festival de Cannes, le déchirant La Voix de Hind Rajab de la Tunisienne Kaouther Ben Hania (sur l'assassinat par Tsahal d'une petite Palestinienne de six ans en janvier 2024) a, entre-temps, décroché le grand prix du jury de la 82e Mostra de Venise, le 7 septembre dernier. Soutenu au générique par des grands noms d'Hollywood (Joaquin Phoenix, Rooney Mara, Brad Pitt, Jonathan Glazer…), le film sera présenté dans quelques semaines au 52e Festival de Gand, avant sa sortie dans les salles belges le 19 novembre.
Il y a quelques jours, la 77e cérémonie des Emmy Awards, à Los Angeles, a aussi été marquée par plusieurs prises de parole pro-palestinienne, notamment de la part de la jeune actrice Hannah Einbinder, mais aussi de Javier Bardem qui, keffieh sur les épaules, a dénoncé le "génocide à Gaza" sur le tapis rouge.

Appel au boycott
La star espagnole fait partie (aux côtés de Mark Ruffalo, Emma Stone, Olivia Colman, Yorgos Lanthimos, Ayo Edebiri ou encore Tilda Swinton) des quelque 4000 signataires d'un appel au boycott des institutions cinématographiques israéliennes "complices du génocide et de l'apartheid contre le peuple palestinien", publié le 10 septembre dans le Guardian. Cet appel se place dans les pas de ceux des Filmmakers United Against Apartheid, collectif mené dans les années 1980 par le réalisateur Jonathan Demme pour dénoncer le régime sud-africain.
Cette lettre ouverte fait suite à un celle du collectif de cinéastes italiens Venice4Palestine qui, fin août, avait récolté 2000 signatures (dont celles de Guillermo Del Toro ou de Ken Loach), exhortant la Mostra à "adopter une position claire et sans ambiguïté" contre les actions d'Israël. Tandis qu'à Cannes, 900 personnalités (dont la présidente du jury Juliette Binoche, mais aussi Pedro Almodovar, Joaquin Phoenix ou Susan Sarandon) avaient signé une pétition dénonçant le "silence" sur le "génocide à Gaza".
À noter que les critiques commencent également à émerger au sein même d'Israël. Présenté à Cannes, Oui, le nouveau film de Nadav Lapid tourné au lendemain des attentats du 7 octobre, dénonce l'aveuglement de la société israélienne. Il vient de sortir à Paris et, dans sa campagne promotionnelle, le cinéaste s'est montré radical dans sa condamnation des actes de son pays. "Il faut que les Israéliens se voient sous une lumière crue et cruelle", a-t-il notamment confié à France Culture.
