Barbara : la rose et ses épines
- Publié le 18-09-2017 à 10h35
- Mis à jour le 18-09-2017 à 10h38
La "vraie vie" de l'artiste retracée avec ferveur par Jean-François Kervéan.
En 1994, pour "La Folie du moment", Jean-François Kervéan obtint le prix du Premier roman et, deux ans plus tard, celui du Renaudot des lycéens pour "L'Ode à la reine"; aujourd'hui, l'auteur d'"Animarex" et de "La Naissance du sentiment" publie sa première biographie : "Barbara". Livre qui paraît alors que les écrans proposent le film de Mathieu Amalric (où Jeanne Balibar tient le rôle-titre) et à l'avant-veille de la commémoration (le 24 novembre) du vingtième anniversaire du décès de l'artiste qui vivait à Précy-sur-Marne, bourgade dont Yves Duteil fut le maire de 1989 à 2014.
Elle repose au cimetière de Bagneux : "Ses dernières volontés ne voulaient aucun chant. Deux mille personnes, comme à Bercy, chantèrent pendant deux heures". Pour évoquer (après et avant d'autres) les étapes de la vie de Barbara, Jean-François Kervéan - belle plume, vraiment, et portraitiste au trait sûr - choisit la sincérité. Ainsi, se souvient-il d'avoir assisté à l'un de ses récitals, à Pantin, le 23 novembre 1981 : "Essoufflé, les mains douloureuses d'applaudir, comme dans un silence, à part, personnel, j'ai su que je ne revivrai jamais ce que j'étais en train de vivre. Une sorte de comble, de confiance absolue. De toute ma vie, je n'ai que trois ou quatre souvenirs semblables, malheureusement tou jours seul. Seul."
Cet ouvrage solidement documenté, où l'imaginaire garde ses droits, rappelle que Barbara - Monique Andrée Serf - naquit à Paris le 9 juin 1930, de parents juifs : père d'origine alsacienne et mère issue d'une famille ashkénaze moldave d'Ukraine. S'étant réfugiés en zone non occupée, les Serf échapperont à la Shoah. A une tragédie évitée, en succédera une autre, vécue : en 1942, la jeune Monique est violée par son père ("Nantes" et "L'Aigle noir" en seront l'écho). En 1950, décidée à devenir chanteuse (sous le nom de Barbara Brodsky), elle débarque à Bruxelles. Quasi mourant de faim, ce n'est que d'extrême justesse qu'elle ne s'y prostituera pas.
Partie à Charleroi, elle débute (avec un répertoire fait de Fragson et d'Yvette Guilbert) avant de revenir à Bruxelles où elle rencontre Jacques Brel, futur monstre sacré, lui aussi; une indéfectible amitié va les lier à jamais. Bruxelles où Barbara épouse Claude Sluys avant de rentrer à Paris où elle galérera jusqu'à ce qu'osant interpréter ses propres chansons, le succès l'arrache à l'ombre. Et qu'elle devienne la diva que l'on sait, ensorcelante, agaçante. Un beau livre, oui, même si importe par-dessus tout ceci : humer, à s'en étourdir, ces roses qu'ensanglantent leurs épines : "Dis, quand reviendras-tu ?", "Göttingen" ou "Ma plus belle histoire d'amour". Diamants dont l'on ne se lasse de l'éclat.
"Barbara", Jean-François Kervéan Robert Laffont 340 pp., env. 19,50 €