Le cyclisme, une histoire belge
François Brabant et Quentin Jardon promènent leur plume dans les coulisses du cyclisme belge. Et ça sent bon le boudin chaud !
- Publié le 26-10-2022 à 08h50
- Mis à jour le 26-10-2022 à 08h51

"Il faudrait lire le cyclisme plus que le regarder", écrit l'auteur Pierre Carrey qui préface Le siècle des coureurs - Histoire intime du cyclisme belge, réalisé en tandem par les journalistes François Brabant et Quentin Jardon. Et on ne peut pas lui donner tort. Le cyclisme, soit on le déteste sur le mode "tous dopés jusqu'au trognon", soit on le chérit, comme nos deux auteurs, pas dupes de la dope tout de même.
L'ouvrage est hétéroclite, nerveux, jamais ennuyeux. Tandis que François caresse le pédales, Quentin joue des coudes, frotte comme à l'amorce d'un "berg". Son interview du banni Johan Bruyneel est étonnante voire détonante : "Quentin s'est déplacé jusqu'à Madrid pour le rencontrer, nous confie François. Un resto, une bouteille de vin, le gars s'est lâché. En même temps, il n'est plus dans le 'game'."
L'entretien avec le "parrain" du peloton, Patrick Lefevere, qui a survécu à tout (dopage, cancer, défection de sponsors, procès, coronavirus,…), vaut son pesant de cacahuètes. Le "Bill Clinton" de Flandre occidentale distille les bons mots et se révèle être un bon client pour qui sait l'apprivoiser.
Cyclisme propre
Johan Museeuw, le "Lion des Flandres" est lui aussi un survivant, fragile compagnon de route d'Alexander De Croo à ses heures perdues, il n'a pas été épargné par les vicissitudes du métier. Une quasi-gangrène, un coma… Une sombre histoire de guêpes et de pain coupé. Comprenne qui pourra. Il a tout vécu, de là à dire qu'il en est sorti indemne…
Le style de François est plus souple. On l'imagine volontiers contemplatif au sommet de l'Alto de Letras, lui le fan inconditionnel de cyclisme colombien. Il a dévoré Les Forcenés de Philippe Bordas, ovni de la littérature mais "une source d'inspiration majeure". François est allé à la rencontre de Guillaume Martin, le "vélosophe" passé dans l'équipe wallonne Wanty-Gobert. Diplômé en philosophie, il serait l'exception qui confirme la règle à moins que : "Je réfute cette idée que les sportifs ne seraient pas intelligents. Peut-être mobilisent-ils une autre forme d'intelligence." Peut-être. Martin se fait prêcheur d'un cyclisme propre : "je suis toujours gêné quand on admire des coureurs dopés."
Le cyclisme mobilise aussi la nostalgie, celle d'un grand-père fan du Crique (Claude Criquielion), enfant de la terre au sourcil broussailleux et au teint mat. "Je crois que quand on est fan de cyclisme, on doit en épouser son histoire. Je ne le conçois pas autrement. On peut aimer le tennis ou la F1 actuels sans en connaître les grands champions. Ce n'est pas vrai avec le cyclisme. Enfin je pense."
Prenez la roue de François Brabant et Quentin Jardon pour un périple dans la Belgique du cycle, celle où un canal s'est pendu.
- ★ ★ ★ François Brabant et Quentin Jardon | Le siècle des coureurs - Histoire intime du cyclisme belge | Récit Weyrich, 264 pp. Prix 20,50 €
