"L'étendard sanglant est levé" de Benjamin Dierstein : un polar impressionnant sur les coulisses du pouvoir français
Deuxième tome d'une trilogie politique sur la France des années 70-80, "L'étendard sanglant est levé" met en lumière la force de frappe de son auteur, Benjamin Dierstein.
- Publié le 27-11-2025 à 14h15
- Mis à jour le 28-11-2025 à 12h23

Massif, tentaculaire et body buildé, le projet Bleu, blanc, rouge compte déjà deux tomes qui pèsent lourd (793 et 912 pages) et impressionnent dans le paysage du polar, même si Benjamin Dierstein évoque "un format bâtard", préférant – à juste titre – ne pas cataloguer son travail. "Si je devais me situer, je me situerais dans la case d'American Tabloïd, je m'en suis tellement inspiré…, avoue-t-il. J'avais envie de faire un American Tabloïd à la française, même si ce n'est pas mon livre préféré de James Ellroy. American Tabloïd met en scène des personnages réels – J. Edgar Hoover, Howard Hugues, JFK… Mon idée était d'écrire sur une période précise de l'histoire contemporaine – fin 1970, début 80 – et d'en faire une saga en reprenant certains personnages de ma trilogie précédente (Échos des années grises, parue entre 2018 et 2022 – NdlR) et de les montrer plus jeunes. J'avais envie de faire un tableau de la France où on verrait comment fonctionne le système intérieur de Beauvau (le ministère de l'Intérieur – NdlR), en évoquant les flics qui ont des relations avec les syndicats, avec les politiques – surtout à ce moment particulier – en 1981 – de l'alternance politique qui arrive après des années où la droite était au pouvoir."
Intrigues, actu, ambiances
C'est que l'ambition de cette fresque monumentale est de plonger dans une France en mouvement et de la radiographier dans ses sautes d'humeurs, entre 1978 et 1984. Un chantier qui a coûté à l'auteur un an et demi de recherches dans les archives (de la Préfecture de Paris, de l'Institut national de l'audiovisuel…), afin d'imaginer l'architecture d'un roman fleuve qui emboîte intrigues, actualités, ambiances et fourmille de dates, de références et de détails – "la partie la plus jouissive du job", précise Dierstein.
Deuxième volet d'une trilogie au ton furieux et écrite pied au plancher, L'étendard sanglant est levé s'ouvre au moment où tombent les deux cerveaux d'Action Direct, groupe d'action révolutionnaire, à l'origine de plusieurs attentats, et se poursuit avec le début de la campagne présidentielle qui mènera François Mitterrand à l'Elysée pour nous mener encore plus loin…
Dans un dispositif narratif qui doit en effet beaucoup à James Ellroy – système qui mixe points de vue, revues de presse, comptes rendus d'écoutes téléphoniques -, Benjamin Dierstein met en scène des policiers aux réflexes parfois à la limite, des ténors de la politique pas toujours nets, des business men qui rachètent des boîtes en grand péril économique ou ouvrent des discothèques, mais pas pour le pur plaisir d'écouter de la musique et de fouler le dance floor… Un décor dans lequel on sent se faufiler les accents du discours du Front National qui deviendra ce qu'il est aujourd'hui. "Sans vouloir spoiler, le troisième tome parle essentiellement de ça", sourit Dierstein, laissant entendre qu'on a bien pressenti la suite. "Le troisième tome se termine en juin 1984, au moment où le gouvernement Mauroy chute et où Jean-Marie Le Pen fait un score historique aux élections européennes, c'est un épisode très focalisé sur cet instant où le Front National commence à exister sur l'échiquier politique".
Bientôt la série ?
À 42 ans, ce patron de label électro – Tripalim Corps basé à Rennes – est visiblement aussi à l'aise dans les clubs que dans les arcanes de ses romans, pourchassant un rêve qui n'était pas vraiment prévu au programme. "J'ai lu mon premier James Ellroy – Lune sanglante – à 13 ans, raconte-t-il. C'est mon oncle qui me l'a filé et ça m'a mis une grosse claque. C'est lui qui m'a dirigé vers la littérature. Avant, je ne lisais pas de bouquins parce que les trucs jeunesse, genre Bibliothèque verte, ça me faisait chier et je pensais que la littérature n'avait strictement aucun intérêt. Je préférais lire des bandes dessinées et regarder des films qui n'étaient pas orientés jeunesse, donc beaucoup plus intéressants pour moi. Des polars, des films de guerre, des westerns, des mélos – gamin, je regardais énormément de films parmi lesquels mes deux préférés – Piège de cristal et Le grand bleu qui n'ont rien à voir, mais dont j'ai bousillé les cassettes vidéos à force de les regarder."
Une passion pour le cinéma qui, en toute logique, pourrait laisser présager que Bleu, blanc, rouge est prêt à être adapté. Et – bingo, si on en croit son auteur, il le sera… Les droits du premier tome ont été achetés par une boîte de production, Benjamin Dierstein s'apprête à intégrer une équipe d'auteurs dont la mission est d'adapter la fresque en série. On lui souhaite force et courage, même s'il est le premier à savoir à quel objet il s'attaque…
⇒ L'étendard sanglant est levé | Benjamin Dierstein | Flammarion, 912 pp., 24,50€, numérique 17 €
"J'avais envie de faire un American Tabloïd à la française, même si ce n'est pas mon livre préféré de James Ellroy"