Laurence Nobécourt raconte son expérience avec les champignons hallucinogènes: "Quelque chose a basculé pour moi"
Il y a des moments, des rencontres qui bouleversent une existence. L'écrivaine Laurence Nobécourt nous raconte comment la prise de champignons a ouvert tous les possibles. Stupéfiant…
- Publié le 07-02-2026 à 19h08

Rencontrer Laurence Nobécourt (Paris, 1968), c'est découvrir une femme accomplie, une écrivaine lumineuse et sereine, l'oreille tendue vers l'autre, le sourire accroché au regard. Une femme qui a enterré ses démons et qui revient de loin. La dépression, la solitude, les maladies psychosomatiques, les dangers de la prostitution – à laquelle elle a échappé de peu – les tentatives de suicide, les envies de passer par au-dessus de la rambarde… Elle a connu. Et a combattu ses démons avec ses armes.
Enfant non désirée, celle que l'on surnommait à l'époque Lorette, comme le titre de son premier roman paru chez Grasset en 2016, s'est battue dans un premier temps avec l'épée du verbe. Dans ses carnets d'abord, puis à travers le projet d'un livre, le premier d'une longue série. Nommer les choses l'a aidée à basculer du côté de la lumière.
Puis il y a eu la rencontre avec son mari, à l'âge de 44 ans, qui a été déterminante. Mais le moment où tout a vraiment (!) basculé, c'est celui où cette jeune femme, qui a grandi dans les beaux arrondissements parisiens, a pris des champignons hallucinogènes.
Au pied des vaches
"Tout mon imaginaire d'enfant était vrai, me disait que j'avais raison. Tous les verrous ont sauté. Cela a été une expérience forte. J'ai eu l'impression de rencontrer l'amour. Je discutais avec le vent, la pluie… C'était juste extraordinaire." Mais pourquoi cette expérience ? "C'était suite à la lecture de L'herbe du diable et la petite fumée de l'anthropologue Carlos Castaneda (Pérou, 1925 – Los Angeles, 1998). Il y raconte son initiation auprès d'un sorcier indien Yaqui et au monde ésotérique par le biais de la prise de champignons. Il a été controversé, car mystérieux, presque invisible. Beaucoup de rumeurs circulaient à son sujet. Mais, quand j'ai lu ce livre, c'est comme si je rentrais chez moi. J'y ai lu tout ce que je croyais être la seule à ressentir, que la réalité qui est la nôtre est beaucoup plus vaste, qu'on peut avoir un lien avec des oiseaux. Je me sentais comme un poisson dans l'eau avec toute cette culture amérindienne et je me suis dit : je pars au Mexique. J'avais 31 ans. J'étais encore très farfelue."
Un ami homéopathe remet notre interlocutrice sur la voie de la raison et attire son attention sur les dangers que peut représenter une telle expérience. Elle sent que cet homme a raison et annule son billet pour le Mexique. "Mais la vie peut être très généreuse et je rencontre au même moment un jeune homme qui prenait des champignons à psilocybine aux effets psychotiques. Il s'agit de petits champignons qu'on trouve très facilement, au pied des vaches ! Je pars en Normandie. Je loue un gîte et je vais à la cueillette avec cet ami qui sait les reconnaître. On se prépare une tisane et on la boit en fin d'après-midi. Lui est un peu angoissé. Moi, j'étais très tranquille. À ce moment-là, tous les verrous risquent de sauter. J'ai vécu une nuit entière extraordinaire. Les portes de ma conscience se sont complètement ouvertes. Comme si tout était à sa place. J'avais une dextérité, j'arrivais à sauter comme un singe au-dessus de la rambarde. C'était comme si nous vivions chaque jour sans le savoir avec une sorte d'armure de deux cents tonnes et que soudain, cette armure n'était plus là. J'étais enfin en relation avec l'univers. Je n'avais plus peur de rien. Mon ami, lui, était très angoissé. Moi, je n'ai pas eu de descente négative. Je suis restée éveillée toute la nuit. Les portes se sont lentement refermées. J'avais en moi un rire d'une liberté incroyable. Tout ce que j'ai vécu lors de cette nuit extraordinaire, je veux le retrouver mais sans champignons. Quelque chose a basculé pour moi. J'ai compris que c'était le monde qui était malade et non moi. La bascule, c'est une grâce et ce que je vis avec l'écriture et la littérature est une façon de faire exister un monde à l'intérieur du monde. Quand on écrit, il y a des moments de bascule, qui viennent de très loin, c'est le moment où la vague arrive." Et pour cela, il n'est pas forcément besoin de champignons. Laurence Nobécourt en est consciente et sait combien la prise de ces substances n'est pas anodine.
La possession, l'achat, la vente, la culture et le commerce de champignons hallucinogènes sont interdits en Belgique.
