Faire ses paquets

Puisqu'il est question ces jours-ci de testament et de mourir, je réponds à une lettre de M.Gérard Feyercisen de Pepinster qui me signale en patois lorrain la phrase entendue devant une personne à l'agonie:

PAR JACQUES MERCIER

Puisqu'il est question ces jours-ci de testament et de mourir, je réponds à une lettre de M.Gérard Feyercisen de Pepinster qui me signale en patois lorrain la phrase entendue devant une personne à l'agonie: "Elle â ses paquets." Cette expression familière existe en francophonie et signifie "mourir", on dit aussi "faire ses paquets pour l'autre monde". Mourir est un passage essentiel, et souvent redouté, pour l'homme qui en a conscience. Il est logique que beaucoup d'expressions et d'euphémismes existent pour en atténuer la forme. En voici quelques-unes: faire le grand voyage, rendre l'âme, s'endormir du dernier sommeil Plus familières et populaires: boire le bouillon d'onze heures, casser sa pipe, lâcher la rampe, passer l'arme à gauche Un mot à propos de ces dernières. Le bouillon a toujours eu une connotation maléfique de breuvage produit par ébullition chez les sorciers. "Donner le bouillon" au XVIIesiècle, c'était empoisonner. Le bouillon d'onze heures est donc un breuvage empoisonné. Casser sa pipe nous ramène à une histoire de théâtre. En tout cas, c'est la dernière explication, un comédien jouant Jean Bart et fumant la pipe sur scène eut une chute mortelle, sa pipe se cassant du même coup. Quant à passer l'arme à gauche, c'est une locution du langage militaire, du début du XIXesiècle. Le fleuret étant dans la main droite du duelliste, le faire passer à gauche, c'est le lui arracher des mains, euphémisme pour "tuer", dans ce contexte. Une autre explication vient de la position du repos (par opposition à celle du garde-à-vous) qui est celle où le soldat pose son fusil au pied gauche. Et du repos au repos éternel, il n'y a parfois qu'un petit pas

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