Yel, de ses propres ailes
La scène rock belge francophone est décidément très remuante. Avec son premier album, Yel s'est imposé comme un des fers de lance de la scène rock belge francophone. Le deuxième essai "Intimes illusions" le confirme.
- Publié le 19-12-2003 à 00h00

RENCONTRE
La scène rock belge francophone est décidément très remuante. Depuis plusieurs années maintenant, à chaque clôture, on peut dresser un bilan positif. Ne reste plus finalement qu'à trouver un plus large public pour ces baroudeurs.
Quoiqu'à ce petit jeu-là, Yel s'en sort plutôt bien. L'album, "Entre sagesse et ivresse", a connu un parcours étonnant pour un premier opus. Rock, mais chantant en français, le groupe a vendu 4000 copies de ce premier essai, grâce notamment à des titres comme "Nouvelle vague" ou "Nos corps à genoux", fichtrement efficaces.
Restait à confirmer. C'est souvent l'exercice le plus compliqué. Et pourtant, Yel y est parvenu, bonifiant même sur le récent "Intimes illusions". Apparemment sans trop de difficultés même, presque comme si cet album avait été plus facile à manoeuvrer que le premier essai. "C'est vrai qu'on n'a pas senti de gros problèmes, explique Jean-Christophe Van Achter (chant). Avec le premier album, on avait accumulé une série de frustrations, du fait qu'il avait été réalisé assez rapidement. On a voulu éviter de retomber là-dedans et faire le deuxième plus tranquillement: dans un studio en Belgique, à taille humaine, où l'on pouvait aller travailler un peu quand on voulait. C'est un vrai luxe." "Sur le précédent, précise Mathieu De Meyer (batterie), je n'étais pas toujours à l'aise avec le son de la batterie. Ici, je pouvais passer une journée pour le régler comme je l'entendais."
Surtout, le propos s'est tendu. Les guitares par exemple se font plus lourdes. "On avait déjà tendance en concert à sonner davantage rock. On s'est rendu compte qu'on avait besoin de ce côté plus tranché. Sur "Intimes illusions", on ne voulait pas gommer quoi que ce soit: ce qui était dur devait l'être vraiment, comme ce qui était plus calme devait vraiment sonner plus "soft". On voulait aller au bout des choses."
Manipulation
Ce qui frappe le plus finalement quand on rencontre le groupe, c'est son apparente sérénité. Sa motivation aussi, le groupe n'ayant peur de rien. Y compris d'avancer pour l'album l'idée toujours un peu "casse-gueule" d'un thème général, celui de la manipulation. "Vers la moitié de l'album, explique Jean-Christophe, on s'est arrêté pour voir où l'on en était, au point de vue des ambiances, des textes... On s'est aperçu alors que ce thème était récurrent: la manipulation amoureuse, sexuelle, médiatique,... C'était latent, et inconsciemment c'est revenu à la surface. On a décidé de continuer dans cette veine-là."
L'air de rien, Yel parle donc du 11 septembre ("Nil Nove Sub Sole", "deux ans après, tout a été dit, on pouvait se permettre d'aborder le sujet"), de l'inceste ("Le Cid"), ou encore des nouvelles stars fabriquées à la chaîne ("In Utero"). "Star Academy, Popstars,... Ce phénomène pose bien la question du pouvoir des médias qui font avaler tout et n'importe quoi aux gens."
Un univers forcément assez loin de la réalité quotidienne des membres de Yel, qui, comme la majorité des musiciens belges, vivent difficilement de leur passion. Seul Jean-Christophe a quitté son boulot pour se consacrer au groupe. "C'est une décision difficile de groupe, de couple, qui implique pas mal d'intervenants finalement. Mais pour quelle qualité de vie! C'est vrai que je gagne deux fois moins qu'avant. Mais je suis libre. Je vis d'une passion. Que rêver de mieux?"
© La Libre Belgique 2003
Yel, "Intimes illusions", Distrisound. En concert notamment ce 20/12 à Binche, et ce 27/12 à Silly.
