Les petites histoires des Tellers
La belle histoire des Tellers, amorcée il y a moins de deux ans, se poursuit. Sur leur tableau de scènes 2006-2007 sont épinglés le Botanique et l'Ancienne Belgique (salle Club), le festival de Dour et le Pukkelpop - ce samedi 18 août - pour ne citer que les plus emblématiques.
- Publié le 17-08-2007 à 00h00

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La belle histoire des Tellers, amorcée il y a moins de deux ans, se poursuit. Sur leur tableau de scènes 2006-2007 sont épinglés le Botanique et l'Ancienne Belgique (salle Club), le festival de Dour et le Pukkelpop - ce samedi 18 août - pour ne citer que les plus emblématiques. Lieux phares du rock auxquels rêvent tant de groupes belges. Combien peuvent, d'ailleurs, se targuer de les avoir foulés avant même d'avoir sorti un album complet ?
Tout va très vite pour le duo de Bousval et Lillois - quatuor sur scène. The Tellers, c'est Ben Baillieux-Beynon et Charles Blistin, qui, fin 2005, décident de mettre en commun leurs cordes et leurs talents en herbe, essentiellement chant et écriture pour le premier, guitare et arrangements pour le second, multi-instrumentiste à ses heures. Le mélange produit un folk-pop d'inspiration rock, brut, à la fois léger et rythmé, un peu nonchalant, que l'on rapproche volontiers des Libertines et de Violent Femmes, porté par la voix un poil éraillée de Ben. Les événements s'enchaînent sans temps mort. Quelques concerts, un single ("More") qui décolle en radio, un mini album de 7 titres - initialement une démo - qui s'écoule comme des petits pains, une signature précoce par des labels étrangers (dont V2 en France). Le titre "Second category" choisi pour une pub télé (Canon), la toile Internet qui fait monter la sauce, et la couverture d'un magazine spécial "fashion and rock'n'roll" qui n'arrange rien, un solide fan-club qui se forme (ils ne le nient pas, "c'est agréable, quand tu montes sur scène, d'avoir trois rangs de nanas de 16 à 18 ans qui crient ton nom"), un marathon des festivals estivaliers, un nouveau single "Hugo" qui tourne au nord et au sud du pays... et enfin la sortie du premier album, "Hands full of ink", ce 20 août.
Quatuor
Bilan de l'année écoulée, soit une septantaine de concerts ? "On sait enfin jouer sur scène", répond Ben, 21 ans. "Non, pas encore. On a beaucoup cherché notre style, on ne savait pas comment faire sonner, sur scène, cet EP (mini album) assez calme. Mais là, on va y arriver : on a notre line-up définitif depuis fin juin", se réjouit Charles, 20 ans. Après plusieurs changements, les Tellers ont en effet trouvé bassiste et batteur à leur pied : François Gustin et Kenley Dratwa. Ce dernier n'a que 19 ans, mais déjà un joli bagage : neuf ans de cours de batterie, une expérience dans un groupe funk-rock et dans un orchestre symphonique. "Cela a été difficile de trouver le bon batteur", glisse Ben. A savoir ? "Quelqu'un qui a des influences très groove, un jeu pas trop carré, varié". Le bassiste François Gustin (24 ans), entendu notamment au sein de Legoparty et Hank Harry, est un touche-à-tout, de l'electro au hip-hop. "Bidouilleur dans l'âme" aimant "les instruments bizarres" , se décrit celui qui est aussi, accessoirement, diplômé en traduction et sciences du langage. De quoi élargir la palette de sons et de tons des Tellers à l'avenir, on l'imagine.
"Prince Charly"
Au fil de seize morceaux, "Hands full of ink" est déjà assez éclectique, tissant des liens tous azimuts vers les grands courants du rock, tout en confirmant un style original, relax, léger et direct (la moyenne des morceaux n'atteint pas 3 minutes). Il est davantage pensé pour la scène et "travaillé" que l'EP, confie le duo, qui l'a composé à quatre mains sur des textes écrits exclusivement par Ben, Charles s'occupant des arrangements. On y trouve bien quelques pièces acoustiques et nonchalantes, dans la lignée des débuts ("Want you back", "Prince Charly"...). Mais aussi des morceaux aux touches plus blues et country ("He gets high" porté par l'harmonica, "The darkest door"), voire jazzy ("Want you back"); et d'autres écrits "pour faire bouger les gens" : on songe à "Penny" et à l'euphorique "Memory" qui joue les jolis choeurs.
Holiness
"If I say" porte nettement la trace "pop pétillante" de Fabrice Detry, leader du groupe Austin Lace, qui a enregistré et mixé l'album avec Peter Crosbie. Sans le premier, "il aurait sonné un peu plus crado, et plus sombre", résument les Tellers. Peter Crosbie, lui, "va chercher des sons qu'on ne connaissait même pas, dans les guitares notamment".
"Hands full of ink" n'est pas cousu de fil blanc, la preuve surtout par l'atypique "Holiness", mélopée pop entêtante qui évoque les musiciens bricoleurs Beck et Blur. "Ce morceau est parti d'une ligne de basse, avec une mélodie un peu grecque ou russe, pas très Tellers en fait, se souvient Charles, on s'est en fait amusé à amplifier le côté décalé, un peu chaotique. J'adore ça".
Côté textes, "assez autobiographiques, avoue Ben, qui aime simplement raconter des histoires", on ère entre les thèmes de la rupture amoureuse, la crainte de la séparation et l'éphémère. "Cela fait peur de se dire qu'on est arrivé si vite où on est : on a peur de retomber aussi vite" confie le duo. Qui aura appris autre chose cette année : "Prendre du recul par rapport à ce qu'on a pu dire de nous, aux préjugés genre "ils se la jouent, ils sont arrogants, etc."
Le succès attise-t-il quelque jalousie ? En octobre, les Tellers voyageront, en tout cas, dans plusieurs pays d'Europe où sortira leur opus, avant de réaliser un joli doublé national : Bota le 5 décembre, AB Club le 6.
Plus "raconteurs" que "guichetiers" - traduction littérale de "tellers" -, ces deux-là sont visiblement mal partis pour suivre le conseil prodigué par le paternel sur "Me boy", ritournelle désinvolte : "And go wash your hands cause they are full of ink. [...] Hey boy, get a job and drop that guitar/What have you done so far".
The Tellers, "Hands full of ink", 62TV Records/Bang ! Ce 18 août au Pukkelpop, le 1er septembre au Ward'in Rock, le 8 au Bucolique (Ferrières), etc.
