"Montre jamais ça à personne" : La success-story d'Orelsan filmée par son petit frère
- Publié le 22-10-2021 à 17h46
- Mis à jour le 17-12-2021 à 14h04

"Par contre, je te préviens tout de suite. Ne montre jamais ça à personne…", intime Aurélien Cotentin, le rappeur Orelsan, à son petit frère dans le documentaire disponible sur Amazon Prime Video.
Les images datent des années 2000. À l'époque, le rappeur normand vient de confier ses doutes. Il a les cheveux courts, des kilos en plus, porte des pantalons larges et des sweats à capuche, vit dans un appartement mal rangé, commence à rapper et à esquisser le doux espoir de percer, sans jamais totalement oser le rêver. Clément Cotentin, lui, en était persuadé. Il a eu le nez extrêmement creux en suivant son frangin et sa bande de copains.

La réussite en équipe
Seize ans après avoir acheté sa première caméra, il signe une série documentaire en six épisodes d'une quarantaine de minutes (il avait 3000 heures de rushs), qui raconte de l'intérieur l'histoire incroyable d'Orelsan. Façon long making-of. De ses premiers pas balbutiants à Caen (et même avant), jusqu'à aujourd'hui où il affiche des taux de remplissage de salles affolants. L'homme qui a oublié d'allumer son micro à La Boule Noire lors de son premier "vrai" concert arrive, aujourd'hui, à mettre le feu à quatre Bercy bondés.
Au-delà de son talent (en particulier pour trouver des punchlines, comprendre très tôt la force des réseaux sociaux...), de son opiniâtreté après des flops et les bad buzz (notamment après la polémique du titre "Sale pute", suite à laquelle il a failli arrêter), de sa force de travail (il était gardien de nuit dans un hôtel et écrivait une partie de la journée), Orelsan a pu compter sur ses amis. Il doit notamment une fière chandelle à Skred, son pote beatmaker, le moins bras cassé de l'épopée. Gringe, son compère des Casseurs Flowters, lui a donné des conseils pour être plus à l'aise avec son corps sur scène (Orelsan lui a rendu mille fois la pareille). Ablaye l'a, de son côté, aidé à se faire respecter par les gars des cités (notamment grâce à Sefyu).
Emblème d'une génération paumée
En racontant l'ennui des jeunes de province, en mettant des mots sur le mal-être d'une génération paumée, Orelsan a occupé une place qui manquait. "J'avais l'impression d'être représenté", se souvient le Rémois d'origine Kyan Kojhandi (Bref, Bloqués...) interrogé dans la série tout comme Akhenaton, Soprano, Oxmo Puccino, Lomepal, Stromae… Au-delà du portrait, la série raconte plus largement les coulisses de l'industrie du rap et les étapes obligatoires pour pouvoir s'y faire un blaze. L'artiste alençonnais évoque, d'ailleurs, la relève qui a débarqué avec la dalle et la façon, dont il s'est renouvelé, via le clip "Basique" ou en parlant d'amour dans "Paradis".

Mamie Janine connue pour son feat sur "J'essaye, j'essaye" et les parents d'Orelsan sont, aussi, interviewés. Pendant longtemps, les deux profs avouent s'être inquiétés pour leur fils, finalement lauréat aux Victoires de la musique. Cette série au montage nerveux, et aux images évidemment pas toujours très propres, recèle de pépites. En filigrane, on perçoit surtout l'amour du réalisateur pour son grand frère, celui qui lui a fait découvrir le hip hop en organisant des blind tests dans sa chambre. Le cadet a bien fait de montrer à tout le monde ce qu'il a pris soin de capturer pendant ces années dorées.
"Montre jamais ça à personne"***/ Prime Video
