Oscars du lyrique : José Van Dam à l'honneur
Les International Opera Awards consacrent notamment le grand baryton-basse belge et la future patronne de la Monnaie.
- Publié le 03-10-2024 à 18h55

Un vrai moment de grâce et d'émotion mercredi soir à Munich lors de la cérémonie de remise des International Opéra Awards, équivalent des oscars pour le monde lyrique. Dans le magnifique cadre du théâtre du Prince Régent (construit en 1901 sur le modèle du Festspielhaus de Bayreuth), Serge Dorny, le directeur belge de l'Opéra de Munich (sacré meilleure maison d'opéra en 2023 et donc hôte de la cérémonie cette année), a rendu un hommage appuyé et inspiré à un autre Belge, José Van Dam, 84 ans, gratifié d'un Lifetime Achievement Award pour l'ensemble de sa carrière.
Prophète, saint et diable
Une carrière de soixante ans que Dorny a évoquée en allant bien au-delà des notices biographiques habituelles, rappelant la diversité des rôles abordés par van Dam tant dans les styles (de Rameau à Messiaen) que dans les personnages (des valets et des seigneurs, des rois et des tsars, mais aussi un prophète, un saint et le diable) ; la liste des grands chefs et metteurs en scène avec lesquels il a travaillé, ou encore ses liens privilégiés avec certaines maisons d'opéra (à commencer par la Monnaie lors du mandat de Gérard Mortier) ; ses talents de pédagogue ("Maître de musique", et pas seulement au cinéma) ainsi que ses valeurs de curiosité, d'artisanat et d'intégrité, symbolisées par le personnage wagnérien du maître-chanteur Hans Sachs, qui lui fut cher.
Visiblement ému, van Dam adressa ses remerciements en allemand (Dorny s'était adressé à lui en anglais), confirmant le mélange de profondeur et de modestie qu'on lui connaît.
Nommé dans la catégorie "Meilleure maison lyrique de l'année", l'Opéra de Liège n'a pas reçu le prix (il avait notamment pour concurrents l'Opéra de Vienne et la Komische Oper de Berlin, qui l'a emporté), mais son directeur Stefano Pace se disait déjà heureux et fier, non sans raison, d'être arrivé dans la shortlist finale. Et l'ORW aura pu se consoler aussi avec le prix du public attribué à Arturo Chacon-Cruz, un ténor qui s'est souvent produit à Liège. La Belgique peut par ailleurs aussi se réjouir de l'attribution du prix de "Meilleur manager de l'année" à Christina Scheppelmann, qui succédera l'été prochain à Peter de Caluwe à la tête de la Monnaie.
Salieri inédit
Autre grand triomphateur de la soirée : le claveciniste et chef français Christophe Rousset, couronné à la fois pour deux parutions discographiques (l'exhumation de Fausto de la compositrice française Louise Bertin et le formidable récital In The Shadows de Michael Spyres) mais aussi pour la création scénique à Vienne de Kublai Khan, un opéra de Salieri resté inédit du vivant du compositeur.
Figurent aussi au palmarès : la cheffe australienne Simone Young, le ténor français Benjamin Bernheim, la soprano américaine Lisette Oropesa, le metteur en scène allemand Christoph Loy, le festival finlandais de Savonlinna, la récente production aixoise des deux Iphigénie de Gluck signée Emmanuelle Haïm et Dimitri Tcherniakov, ou encore la création mondiale de Valuska, le dernier opéra de Peter Eötvös.
⇒ Une cérémonie à revoir sur https://www.youtube.com/live/8zM91gOZV7o