Alexandre Kantorow joue Brahms au sec
Le jeune pianiste français au centre d'un mini-festival ce weekend à Bruxelles, Liège et Namur.
- Publié le 16-01-2025 à 20h39
La notoriété d'Alexandre Kantorow aurait pu tenir à ce qu'il fut, en 2019, le premier pianiste français à remporter le prestigieux Concours Tchaïkovski de Moscou. Finalement, c'est une autre image qui lui aura valu une gloire internationale : le 26 juillet 2024, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Paris, il fut le seul artiste classique véritablement visible dans un programme classique (les orchestres n'eurent pas autant l'honneur des caméras, et la mezzo Marina Viotti se produisit avec le groupe Gojira). Et c'est sous une pluie battante que, tout vêtu de noir, il joua le très prédestiné Jeux d'eaux de Maurice Ravel : une prestation remarquable et remarquée, et assurément plus consensuelle que celle de Philippe Katerine – et moins suspecte de playback que celle de Céline Dion.
Glanert et Ades
Ce week-end, c'est au sec que Kantorow sera à Bruxelles et à Namur pour célébrer Brahms assurément un de ses compositeurs favoris : à 27 ans seulement, il a déjà enregistré les trois sonates du grand compositeur hambourgo-viennois, et c'est justement son deuxième concerto qu'il avait joué en finale du Concours Tchaïkovski et qui lui avait valu la victoire à Moscou en 2019. Accompagné de l'Orchestre national de Belgique dirigé par Anthony Hermus, le pianiste français ouvrira vendredi le mini-festival Brahms de Bozar avec ledit concerto en si bémol majeur, précédé de la création belge de Brahms-Fantasie, une pièce du compositeur allemand Detlev Glanert dont les derniers opéras (Oceane et Die Jüdin von Toledo) ont particulièrement retenu l'attention.
C'est d'ailleurs l'originalité de ce festival d'associer Brahms à des œuvres contemporaines : dimanche après-midi, pour son deuxième concert, Kantorow jouera le célébrissime premier concerto en ré mineur dans un programme qui permettra d'entendre également l'Orchestre national de Belgique dans la symphonie n° 2 de Brahms, mais aussi Brahms, une pièce pour baryton et orchestre de l'Anglais Thomas Ades (lui aussi valeur sûre de l'opéra d'aujourd'hui, avec The Tempest ou The Exterminating Angel). Surprise inattendue de cette œuvre : le texte chanté est de la plume de l'ancien pianiste, et toujours immense artiste, Alfred Brendel.
Et Mernier
Samedi, entre les deux concerts bruxellois, Kantorow et l'ONB feront le détour par Namur et y anticiperont le programme de dimanche : symphonie n° 2 et concerto opus 15 de Brahms – mais pas la pièce de Ades. Et pendant ce temps-là, l'OPRL jouera les coucous à Bruxelles, mais en restant dans la ligne du festival : sous la baguette de leur directeur musical Gergely Madaras, les Liégeois proposeront la symphonie n° 3 de Brahms, mais aussi une pièce contemporaine, les Deux mouvements symphoniques du Belge Benoît Mernier, dont le deuxième mouvement aura été créé la veille à Liège. C'est que le festival Brahms essaimera là-aussi vendredi soir, sans Kantorow mais avec le baryton Simon Keenlyside qui chantera les Lieder eines fahrenden Gesellen de Mahler.
Bruxelles, Liège et Namur, du 17 au 19 janvier, et en direct sur Musiq3. Rens. : www.bozar.be, www.oprl.be, www.laphilharmonique.be