Kantorow, seul chef de ses concertos
Éblouissante démonstration du pianiste français dans Brahms à Bozar.
- Publié le 20-01-2025 à 18h06

Avant (vendredi) et après (dimanche) d'entendre la Troisième symphonie de Brahms et la pièce de Benoît Mernier jouées par l'OPRL et Gergely Madaras, la grande salle Henri Le Bœuf du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles accueillait l'Orchestre national de Belgique, régional de l'étape, pour jouer une autre symphonie de Brahms, ses deux concertos pour piano et même deux autres pièces contemporaines rendant hommage au précité.
De la Deuxième symphonie en ré majeur op. 73, on ne gardera pas un souvenir inoubliable. On admire certes la cohésion et la précision des musiciens de l'ONB, tout particulièrement dans l'Allegro con spirito final, et il faut sans nul doute donner acte à leur directeur musical de tout le travail de préparation en amont. Mais pour le reste, force est de reconnaître que la conception de l'œuvre proposée par Antony Hermus reste assez plate, un manque d'imagination que vient souligner en creux l'invraisemblable numéro du chef hollandais au pupitre : gestes exagérés que les musiciens ne regardent même pas, mimiques insistantes qui semblent avant tout destinées aux spectateurs, Hermus, entre histrionisme musical et théâtralité décorative, en fait tellement trop qu'on finit par être gêné de cette ostentation inutile et par regarder ailleurs.
Chaque note a un sens
Les passages où l'orchestre joue seul pendant les deux concertos laissent plus d'une fois le même sentiment de vide, mais ils ne durent jamais très longtemps. Car Alexandre Kantorow est là, vissé à son Steinway, capable d'aller du tellurique au plus raffiné, et du flamboyant à l'indicible. Avec lui, chaque note a un sens, chaque mesure est habitée et, à son contact, l'orchestre s'enflamme et semble aussitôt plus inspiré. Chef et soliste communiquent peu – il y aura même quelques petites disjonctions dans le concerto n° 2 – mais le pianiste, hallucinant de virtuosité et d'autorité, s'impose à l'évidence comme celui qui donne ici le la.
Chacune des deux soirées aura été ouverte par une courte pièce du XXIe siècle célébrant Brahms et donnée en première belge. Vendredi, on aura ainsi découvert la Brahms-Fantasie du compositeur allemand Detlev Glanert (2012), un Héliogravure pour orchestre inspiré de motifs de la Première symphonie du compositeur : le terme fait référence à ce procédé du XIXe siècle où l'on peignait des photographies par un procédé chimique, et l'on s'amuse à y guetter les références qui vont, repartent et reviennent.
Dimanche, le baryton Peter Schöne, tiré à quatre épingles comme un vampire élégant, sera venu chanter la mise en musique par l'Anglais Thomas Adès d'un texte hilarant d'Alfred Brendel : on y évoque l'esprit malveillant (et même malodorant précise la notice de l'œuvre !) de Brahms hantant une maison et jouant du piano au milieu de la nuit. Créée en 2001 pour célébrer le septantième anniversaire du grand pianiste, l'œuvre repose sur une observation à la fois espiègle et sérieuse du style de Brahms, dont le compositeur anglais reprend les tics mélodiques et harmoniques. Un clin d'œil joliment troussé.