Ma nuit au musée avec Haendel
Christophe Rousset sauve un "Orlando" vocalement faible et scéniquement raté.
- Publié le 24-01-2025 à 15h54

En l'espace de deux ans, Haendel créa à Londres trois opéras inspirés du fameux Roland furieux de l'Arioste : Ariodante et Alcina en 1735 et, dès 1733, Orlando (rien à voir avec le héros de Virginia Woolf). Les trois ouvrages ont en commun leur source, mais aussi l'importance qu'y tient la magie : Orlando s'ouvre d'ailleurs par une confrontation entre le preux Roland, rôle créé par le fameux castrat Senesino, et le magicien Zoroastre, qu'Haendel écrivit pour la non moins célèbre basse Antonio Montagnana. C'est dire qu'on attend d'emblée deux chanteurs d'exception, d'autant qu'il n'y a que peu de personnages, et bien moins de péripéties dans Orlando que dans les deux autres cités.
Retour au Châtelet
Dans la nouvelle production du Théâtre du Châtelet (qu'on retrouve avec plaisir sur la carte lyrique après des années réservées aux seuls musicals), la distribution n'est pas à la hauteur des attentes. La mezzo-soprano Katarina Bradić (on a fait ici le choix d'une voix féminine plutôt que d'un contre-ténor) a certes de jolies couleurs et un grave bien rond, mais la voix manque d'ampleur et de projection – on ne sait si le refroidissement dont elle dit avoir souffert les jours précédents la première explique seul ce problème de volume. De même, un Zoroastre appelle plus de profondeur que n'en offre ici la basse italienne Riccardo Novaro. Le reste du plateau (Siobhan Stagg en Angelica et Elizabeth DeShong en Medoro) est mieux sans être exceptionnel, à part la formidable Giulia Semenzato dans le (second) rôle de Dorinda.
Heureusement, il y a dans la fosse Christophe Rousset, haendélien patenté et expérimenté, qui sait tenir le rythme, conduire la narration, exprimer les affects et laisser s'épanouir là où c'est possible les sonorités chaudes et raffinées de ses Talens Lyriques. Avec notamment quelques demi-teintes à se damner peu avant le final, il sauve une soirée grevée sinon par la mise en scène indigente de Jeanne Desoubeaux, qui passe à côté des sentiments profonds exprimés dans l'œuvre à force de les noyer dans l'anecdotique.
Déjà-vu
Laissant une impression de confusion et de déjà-vu, l'action est transposée la nuit dans un musée dont Zoroastre est un gardien et où quatre enfants d'aujourd'hui se sont laissé enfermer à la faveur d'une visite scolaire. On verra des tableaux tridimensionnels dont sortent les personnages (du passé) de l'opéra, des décors qui coulissent ou s'élèvent pour révéler un ciel étoilé (joli au demeurant), et surtout les péripéties sans intérêt des teenagers en gilet fuchsia fluo qui, quand ils ne courent ou ne dansent pas, nettoient ou peignent le sol en croisant les chanteurs. Lesquels finissent, au dernier tableau, par se révéler comme leurs parents venus les rechercher. Mais cette agitation perpétuelle dépourvue de sens et très vite agaçante ne peut évidemment pas compenser une direction d'acteurs aux abonnés absents. Pas de quoi, hélas, restituer toute la force de l'opéra. Dommage.
Paris, Théâtre du Chatelet, jusqu'au 2 février ; www.chatelet.com