Hotel Metamorphosis : si Vivaldi avait rencontré Ovide
Un foisonnant pasticcio confère théâtralité à la musique du Prêtre Roux
- Publié le 17-08-2025 à 15h50

En 1999, Cecilia Bartoli avait été la première star à consacrer un disque aux airs d'opéra de Vivaldi. Mais si le mouvement ainsi lancé a déclenché nombre d'intégrales discographiques depuis un quart de siècle, les opéras du Prêtre Roux restent rares à la scène. C'est que, explique Barrie Kosky, s'il composait avec une incroyable richesse mélodique et des harmonies raffinées, il manquait à Vivaldi l'instinct dramatique dont était capable Haendel. D'où l'idée du metteur en scène australien de réaliser un pasticcio, un collage de ses meilleures compositions, vocales mais aussi instrumentales, et de le mettre au service d'un texte éprouvé : les Métamorphoses d'Ovide.
Film à sketches
Ou, en tout cas, quelques-uns des 250 récits de cette somme : comme dans un film à sketches, Kosky raconte cinq histoires. Trois sont plutôt connues : Orphée et Eurydice, dont le célèbre destin ouvre et ferme le spectacle, Echo et Narcisse et, enfin, le sculpteur Pygmalion amoureux de sa statue. Également au menu, deux destins moins familiers : Arachne, la tisseuse dont l'orgueil lui valut d'être changée en araignée par Minerve, et Myrrha, mère d'Adonis, qui fut semblablement changée en arbre à myrrhe pour avoir cédé à son amour adultérin pour son père.
Pour ces cinq histoires regroupées en deux actes, 45 extraits d'œuvres de Vivaldi ont été sélectionnés. Et quatre chanteurs – trois mezzo-sopranos et un contreténor – endossent tour à tour plusieurs rôles. Cecilia Bartoli, justement, directrice artistique du Festival de Pentecôte de Salzbourg et à ce titre initiatrice de ce projet repris cet été, incarne Arachne et Eurydice : même annoncée comme souffrant d'un léger refroidissement, elle reste toujours éblouissante dans l'intonation, la rigueur rythmique et la maîtrise des coloratures. Lea Desandre prête sa voix plus légère à la statue, à Echo et à Myrrha et s'y révèle chaque fois éblouissante de fraîcheur, tandis que Nadezhda Karyazina assume avec solidité les rôles à couleurs plus graves. Autre fidèle de la bande à Bartoli, Philippe Jaroussky passe avec aisance d'un Pygmalion moustachu en pull jacquard à un Narcisse droit sorti du Satyricon de Fellini.
Orphée narrateur
S'ajoute à l'affiche la grande actrice allemande Angela Winkler qui, à plus de 80 ans, incarne un Orphée qui ne chante pas mais qui est le narrateur un peu ironique de la soirée, tandis que Gianluca Capuano, chef attitré de Bartoli, offre avec ses Musiciens du Prince Monaco un soutien orchestral idéal, paré de toutes les couleurs des instruments solistes requis.
Concepteur du pasticcio, Kosky signe une mise en scène brillante où l'on passe du rire aux larmes, avec une vraie direction d'acteurs, un génie dans les scènes de foules (chœurs et figurants) et des chorégraphies joyeusement déjantées d'Otto Pichler. Toutes les actions se déroulent dans une même chambre d'hôtel de luxe (décors de Michael Levine) dont le grand lit engloutit et recrache les personnages : d'où le titre de ce spectacle brillant attendu sous peu sur Arte puis en DVD.