Le chœur des esclaves, plutôt deux fois qu'une
À Anvers, un "Nabucco" puissant et émouvant.
- Publié le 23-02-2026 à 18h10

Sur papier, on pourrait presque être tenté de s'enfuir avant le lever de rideau. Rien qu'en lisant le programme. Dix pages consacrées à un "Aperçu chronologique de l'œuvre théâtrale" de la metteuse en scène comme s'il s'agissait d'une star absolue, et dix autres d'une interview de l'intéressée avec en exergue des déclarations aux allures d'enfoncement de portes ouvertes : "Comme artiste, vous avez l'obligation de communiquer avec votre public au jour d'aujourd'hui, en relation avec ce qui se passe dans le monde maintenant. Une fois que vous êtes sur scène, c'est ici et maintenant."
Eternelle question : faut-il ou non lire les notes d'intention des metteurs en scène pour comprendre un spectacle ? Pour ce nouveau Nabucco de l'Opéra flamand, on recommande l'abstention : il suffit de faire confiance à la musique de Verdi et de se laisser porter par le talent impressionnant de Gaetano Lo Coco. Baguette autoritaire mais experte et expressive, ce jeune chef italien à peine trentenaire emmène un Orchestre symphonique de l'Opéra Ballet de Flandre (OBV) galvanisé et des chœurs maison à l'effectif adéquatement renforcé (soixante choristes !), tant il est vrai que le premier succès verdien fait une place belle aux grandes masses vocales.
Il y a, bien sûr, le fameux Va pensiero, connu comme "chœur des esclaves" ou pour la version de Nana Mouskouri (Je chante avec toi liberté) qui clôturait un temps tous les congrès de partis libéraux en Europe – mais il y en a ici une série d'autres. Et ils sont d'autant plus impressionnants, après avoir mêlé ses spectateurs aux chanteurs sur la scène il y a un an pour Intolleranza 1960, l'OBV inverse cette fois la proposition en disposant ses choristes dans la salle.
Brésilienne
Et c'est là, notamment, que le travail théâtral de la Brésilienne Christiane Jatahy se révèle simple mais pleinement pertinent. Pas de costumes d'époque, juste des vêtements d'aujourd'hui. Pas de décors, juste un plateau nu avec de grands écrans qui se font parfois miroirs et qui multiplient les images, avec aussi de la vidéo tournée en direct. Beaucoup d'eau également – un bassin sur une partie de la scène, et des pluies battantes.
Le tout peut sembler déjà vu mais fonctionne ici, car il y a aussi et surtout une direction d'acteurs au cordeau qui non seulement donne du sens à chaque scène, mais le fait en permettant aux solistes de chanter chaque fois bien campés face à la rampe, et donc aux voix de s'épanouir idéalement. Et l'idée de faire bisser au final, le fameux Va pensiero, mais avec les choristes a cappella, répartis au parterre et aux balcons et toutes lumières allumées, se révèle puissante et imparable.
On saluera aussi un excellent plateau vocal dominé par l'Abigaille d'Ewa Vesin et le Nabucco de Daniel Luis de Vicente, mais où la Fenena de Lotte Verstaen, l'Ismaele de Matteo Roma et le Zaccaria de Vittorio de Campo sont également dignes d'éloges.
Anvers, Opéra, jusqu'au 15 mars ; www.operaballet.be