Les Ardentes 2023 : pourquoi le concert de Travis Scott nous a déçus
Première journée du festival à annoncer un sold-out, le vendredi aurait dû être le climax des Ardentes. C'était sans compter sur une prestation moyenne de Travis Scott, rattrapée par un excellent concert de SCH.
- Publié le 08-07-2023 à 13h32
- Mis à jour le 08-07-2023 à 15h18

La journée de vendredi aux Ardentes en images
Depuis 18h ce vendredi, sur la plaine des Ardentes, on sentait une ébullition. Une tension qui montait crescendo au fur et à mesure que l'échéance du concert de Travis Scott se rapprochait. H-4 avant le lâché de La Flame. Les fans de l'Américain, arrivés en masse depuis le début de l'après-midi, squattent déjà les premiers rangs face à la Phoenix (la main stage), prêts à foutre le bordel. Ils sont reconnaissables entre mille : des Travis aux pieds et des tatouages Cactus Jack. Leur petit surnom vous donnera une idée de l'état d'esprit général : les ragers.
Son truc à Travis Scott, c'est clairement la scène. Il a sorti un documentaire à ce sujet, le bien nommé "Look Mom, I Can Fly" dans lequel on observe le Texan retourner la foule à chaque concert, sans économiser ses efforts. C'est monstrueux. Un objet du fantasme pour tout amateur de pogo, le Saint-Graal des mosh-pitteurs. Et il y a eu évidemment la tristement célèbre tragédie d'Astroworld, où une bousculade très violente en novembre 2021 aura fait dix morts. Depuis, le rappeur s'était fait discret, avait calmé le jeu.
Pas de tremblement de terre
Jusqu'à ces dernières semaines, où finalement, la bête s'était réveillée. L'entertainer Travis Scott a provoqué un mini-tremblement de terre dans le nord de l'Italie, fin juin, où il se produisait. Comment ? En maitrisant la foule comme un dompteur de lions, qui s'est déchaînée comme une tempête devant le Messie. Il a aussi créé l'évènement au festival Rolling Loud aux Pays-Bas en descendant dans le public pour faire chanter un ultra et lui offrir une paire de sneakers à 60.000 euros.
Rajoutez à ça que les concerts de Travis Scott sont rares : l'artiste n'a choisi de performer que dans quelques villes européennes, dont aucune en France. Vous comprenez maintenant pourquoi le public étranger s'était déplacé en masse ce soir et à quel point la barre des attentes était placée haute. Un tic-toc mental était enclenché dans la tête de tous les gardiens de sécurité, clairement sur les dents pour contrer les vagues humaines du tsunami Scott. Et pourtant…
On ne va pas écrire que le concert était mou, ce serait un mensonge. Par contre, la réputation sulfureuse de notre bête de scène n'a pas été certifiée ce vendredi soir, à Rocourt. Débarqué avec un petit quart d'heure de retard (on s'y attendait), le rappeur a gravi son promontoire pour lancer l'incroyable Highest in the Room. Devant lui, un parterre de 50.000 personnes au moins. Tous les festivaliers se sont rassemblés face à la main stage et ne rien rater de la prestation de la tête d'affiche incontestée du jour.
Des évanouissements et un départ précipité
La foule est dense, impressionnante et rugit de plaisir face à l'énergie de l'immense star du rap, qui du haut de ses 32 ans, fait péter les effets de pyrotechnie toutes les 2 minutes pour appuyer ses paroles. Il lâche banger sur banger (en même temps, sa discographie en est bourrée) comme Butterlfy Effect, Sicko Mode ou Stargazing. Les évanouissements s'enchainent et on remercie notre instinct de survie de ne pas s'être faufilés jusqu'au premiers rangs. Surtout quand on observe un garde de sécurité faire un plaquage impressionnant d'un fan qui tentait de monter sur scène. Il rappelle également qu'Utopia, son nouvel album, devrait arriver dans les prochains jours.
Alors de quoi se plaint-on ? Eh bien c'est simple, tout le reste du concert va ressembler aux deux premiers morceaux : Travis Scott, sur sa plateforme, qui hurle face à la foule et saute de droite à gauche. À aucun moment, il ne va descendre ou s'avancer vers la foule. Il ne tente pas d'envolée, pas d'effet d'ambiance particulier : il est là, il déroule, sans doute un peu énervé de voir tant de téléphones devant lui. L'idée, clairement dans la tête des festivaliers c'est : j'étais là et je dois avoir des preuves pour en témoigner. (Et faire un peu attention à sa survie quand même).
Au bout de quarante-cinq minutes de concert, au lieu des une heure trente prévues, l'artiste fait tomber le rideau sur Goosebumps. "We love you all, goodbye". Il est 0 :h35 et tout le monde se regarde l'air ahuri : il est vraiment parti là ? Dans la foule, le mec à côté de nous ne cache pas sa déception. D'autres chantent "On est vivants". Il n'était venu que pour Travis. Les seuls qui semblent enfin souffler sont les équipes médicales et de sécurité. Même si ces derniers doivent maintenant gérer le flot de gens qui tentent de sortir du festival.
Notre note finale : 2/4
SCH, le boss
Une petite heure plus tôt, sur la main stage, se tenait un concert d'un tout autre genre, mais d'un excellent niveau : celui de SCH, notre gâté préféré. Seul sur scène, accompagné d'un DJ et d'un outfit of the day absolument incroyable, le marseillais nous a régalé. On en avait vu, du play-back ce vendredi. Des artistes venus en Maes (pardon, en masse) comme… Maes, qui pour assurer sa protection avait ramené des dizaines de gardes du corps, mais par contre avait oublié de ramener sa voix sur scène. Tout ça pour dire que Julien Schwarzer -de son vrai nom- a livré un set explosif. C'est l'un des premiers gros noms du festival qui a pris le temps de parler avec son public.
Et quelle audience, l'artiste a rameuté un hectare de fans (d'un jour ou de toujours) devant lui. Il n'hésite pas à dégainer les tubes, comme Bande organisée, Autobahn ou Je la connais et la foule le lui rend bien. Il y a chez lui une énergie très maîtrisée, SCH dégage une certaine sérénité qui fait du bien. Difficile de trouver un défaut à son set, tant le français et juré de Nouvelle École semble heureux d'être là. Comme un clin d'œil à son amitié pour la Belgique (et pour Hamza), il clôt son concert sur le retentissant Fade Up. On a déjà hâte de le revoir.
Notre note finale : 4/4