Claire-Marie le Guay, la joie dans Bach
La trop rare pianiste française est de retour à Bruxelles.
- Publié le 11-07-2026 à 16h02

Seuls les boomers s'en souviendront sans doute, mais, au début de ce siècle, quand Louis Langrée était le directeur musical de l'OPRL, on avait souvent l'occasion d'entendre à Liège, et au disque et en tournée avec les Liégeois, la jeune pianiste française Claire-Marie Le Guay. Depuis, l'artiste a poursuivi son chemin en France et à l'international, laissant quelques beaux enregistrements çà et là, et faisant de trop rares apparitions dans notre pays.
Quand elle ne joue pas du piano, Le Guay écrit également, et on lui doit notamment deux beaux livres qui sont à la fois récits de son parcours et introduction à ces compositeurs qu'elle aime tant : La vie est plus belle en musique (2018) et C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière (2022), tous deux publiés chez Flammarion. Cette fois, en opportun contrepoint à son dernier CD, consacré au Cantor de Leipzig, la pianiste qui écrit vient de publier avec Erik Orsenna – un écrivain qui connaît la musique – Que la joie demeure – Vivre avec Bach.
C'est un livre à quatre mains ou, plus exactement sans doute, un livre où les deux auteurs, comme deux pianos, dialoguent, s'écoutant mutuellement et prenant la parole tour à tour. "Erik" et "Claire-Marie", ainsi désignés par leur prénom page après page, racontent leur découverte de Bach, mais aussi la place qu'il tient dans leur vie. Ils parlent forcément aussi un peu de la vie du compositeur lui-même, évoqué à travers quelques anecdotes, ses proches ou des lieux, sans toutefois qu'on puisse parler de biographie au sens propre du terme. La démarche, un peu française peut-être, consiste à évoquer le compositeur comme un "Lui" à travers les deux "Moi" des auteurs, la pianiste et l'académicien.
Oxymore
L'approche n'empêche toutefois pas, heureusement, d'esquisser parfois des réflexions profondes. Ainsi, dans ce chapitre intitulé Vivre aussi avec Luther, Orsenna écrit "Elevé dans le catholicisme, j'avais été convaincu du caractère foncièrement austère de la religion réformée. Je découvre qu'aux protestants aussi le bonheur est permis. À condition qu'il passe par une certaine musique. En épousant la musique, Bach épousait Dieu. Et Sa joie." Et Le Guay de répondre : "Quel plus bel oxymore que celui de la musique de Bach ? Il y a la joie : "Je me suis acquitté en tous lieux de ma tâche avec joie", écrit Bach. Et il y a les larmes, "Bach : échelle de larmes sur laquelle gravissent nos désirs de Dieu ; architecture de nos fragilités", écrit Cioran. Chacun peut, à l'écoute de cette apparente contradiction, faire l'expérience de Dieu."
Pour ses concerts actuels, Le Guay se consacre entièrement à Bach, avec un programme à l'image de son disque, "entre art de la danse, invention musicale et esprit concertant", pour "parcourir différentes facettes de l'écriture de Bach, entre intimité, virtuosité et richesse du contrepoint".
Bruxelles, Cercle Royal Gaulois, lundi 13 juillet à 12h15 ; www.midis-minimes.be
La Roque d'Anthéron, dimanche 26 juillet à 19h30 ; www.festival-piano.com
"Écouter la lumière", Mirare ; "Que la joie demeure – Vivre avec Bach", Albin Michel