Une fratrie de saisons pour une célébration anticipée de l'Assomption
Classique. À la basilique de Saint-Hubert, un oratorio de Benedetto Marcello.
- Publié le 13-07-2026 à 09h46

On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre ? Le nom de Benedetto Marcello n'est pas des plus familiers du grand public et, en outre, on le confond avec son frère aîné – Alessandro, dont Bach adapta un très célèbre concerto pour hautbois.
Pour annoncer le concert de samedi, avec l'ensemble L'Assemblée dirigé du clavecin par Marie van Rhijn (l'un et l'autre excellents mais encore peu connus) jouant un oratorio peu connu dudit Marcello, le Royal Juillet Musical de Saint-Hubert avait habilement joué de la notoriété de son plus célèbre rival vénitien en annonçant Les quatre saisons de Marcello.
Deux sœurs et deux frères
Rien d'abusif toutefois dans cette dénomination : créé pour la fête de l'Assomption en 1731, Il pianto e il riso delle quattro stagioni dell'anno per la morte, esultazione e coronazione di Maria Assunta in Cielo (titre programmatique mais long qu'on peut traduire par "Les pleurs et les réjouissances des quatre saisons de l'année face à la mort, à l'exaltation et au couronnement de Marie élevée au ciel") repose sur un livret assez original où les quatre saisons sont personnifiées comme les membres d'une fratrie. Les trois aînés – les deux sœurs printemps et été (soprano et mezzo-soprano), et le frère automne (ténor) – ont le pénible devoir d'informer leur cadet, l'hiver (une voix de basse bien sûr) du décès de la Vierge Marie en en dressant les louanges – ce qui occupe la première partie de l'œuvre. Dans la deuxième partie, se réjouissant de ce qu'elle soit montée au Ciel et y vive couronnée, les quatre frères et sœurs se disputent gentiment pour faire valoir leurs mérites respectifs et choisir celui d'entre eux qui sera le plus digne de la célébrer.
Beau sens mélodique
Aristocrate, juriste et habile observateur des mœurs artistiques de son temps (il fut notamment l'auteur d'Il teatro alla moda, un pamphlet ravageur sur l'opéra de son temps), Marcello témoigne dans son oratorio d'un beau sens mélodique, mais aussi d'un métier éprouvé qui lui fait recourir à diverses formules plus théâtrales que religieuses : airs solistes en da capo, duos, ensembles, chœurs entiers ou divisés, airs avec chœurs en écho ou à l'unisson. Une diversité telle qu'on ne s'ennuie pas dans cette œuvre d'1h45 environ, superbement interprétée par les huit cordes de l'Assemblée (jouant presque toutes debout), les huit chanteurs du Chœur de Chambre de Namur venues assurer les parties chorales et les quatre solistes incarnant les saisons. Quatre voix ductiles et assez bien projetées pour traverser les larges espaces de la basilique de Saint-Hubert – dont les filets tenus pour protéger le public prenaient du coup, au-dessus du chœur, l'allure d'une voile marial : la soprano belge Gwendoline Blondeel et les Français Marielou Jacquard (mezzo-soprano), Cyril Auvity (ténor) et Thierry Cartier (baryton-basse).
Coup de chapeau aussi et surtout à Marie van Rhijn, fondatrice et cheffe de cet ensemble qui tire son nom de l'Assemblée des honnestes curieux (société de concerts parisienne du XVIIe siècle) et qui vise à mettre en avant "les compositrices et compositeurs méconnus et talentueux du XVIe au XXIe siècles". Constamment en alerte, caractérisant adéquatement chaque moment de la partition, dynamique, enthousiaste, souriante, la claveciniste prend en outre le temps de communiquer avec beaucoup de pédagogie et d'humour avec le public pour lui expliquer l'œuvre. Et pour lui, offrir, en bis mutin, un extrait du Laudate Dominum du compositeur français Michel Corrette qui s'inspire très largement (hommage ? plagiat ?) du Printemps de Vivaldi… Histoire de dire que le titre de la soirée n'avait décidément rien de fallacieux puisqu'on y a aussi entendu un peu des Quatre saisons du Prêtre roux.
Prochains concerts les 18 juillet à Lavacherie (Trio Dor) et le 19 à La Roche en Ardenne ("Songs of Travel" par Maxime Melnik et Pierre Derhet, et "Le Freischütz" de Weber par l'ensemble Wolf) ; juilletmusicaldesainthubert. be