Deux visages du baroque français
Christophe Rousset ramène le Chœur de Chambre de Namur sur ses terres.
- Publié le 07-10-2026 à 16h41

Le mois d'octobre est particulièrement faste et nourri au Namur Concert Hall. Après Ton Koopman jeudi passé, c'est Christophe Rousset qui s'y produisait mardi, conduisant ses Talens Lyriques et le Chœur de Chambre de Namur – avec lequel il collabore souvent et depuis longtemps. Au menu de ce concert terminant une mini-tournée passée par Vézelay, la Chaise-Dieu et Amsterdam, deux messes du baroque français : la célèbre Messe de Requiem d'André Campra, datant probablement de 1722, et la Missa Assumpta est Maria, œuvre moins connue de Marc-Antoine Charpentier (surtout passé à la postérité pour son fameux Te Deum) vraisemblablement composée une vingtaine d'années plus tôt pour célébrer l'Assomption de la Vierge Marie.
Magnifiquement servi par son orchestre – et notamment par les flûtes, particulièrement sollicitées et mise en exergue face au chef devant les cordes -, par douze chanteurs du Chœur de Chambre de Namur bien préparés et emmenés par Thibaut Lenaerts et par un beau quintette de solistes (les sopranos Apolline et Thaïs Raï-Westphal, le haute-contre Abel Zamora, le ténor Nicholas Scott et la basse Adrien Fournaison), Rousset déploie tout son art de direction nourri d'une connaissance intime de ce répertoire. Et on oublierait presque qu'on est dans le baroque français, tant cette musique sacrée française semble respirer avec un naturel italien et une intensité allemande.
La tête de gondole de la soirée est le Requiem de Campra, donné après l'entracte et prêtant son nom au concert. Souvent jouée et enregistrée, cette œuvre colorée à la théâtralité plus d'une fois ostentatoire est d'ailleurs familière. C'est tout à l'honneur de Rousset de brider ce que ce style peut avoir, chez certains de ses collègues, de raideur emphatique, pour arrondir les angles, assouplir les lignes et restituer la jubilation tout en l'allégeant.
Aïeule de Fauré
Mais on lui sait plus encore gré d'avoir mis en lumière la messe de Charpentier, qu'on rêve de réentendre plus souvent. Moins démonstrative, moins assertive, moins formelle, plus subtile, parfois tout aussi jubilatoire dans certaines parties chorales mais capable aussi d'intériorité, elle émeut presque constamment. Sa ferveur est tendre, sa religiosité est douce. Comme une lointaine aïeule du Requiem de Gabriel Fauré. La musique religieuse peut-elle être belle et même séductrice se demandaient, sévères, les cardinaux au Concile de Trente ? Oui, répondent Charpentier et Rousset.
Et, un bonheur ne venant jamais seul, ce passage dans la capitale wallonne fut l'occasion pour le chef et claveciniste français d'animer, la veille, une masterclass publique avec huit chanteurs du Studio Baroque de l'IMEP et du Chœur de Chambre, autour d'un programme de musique des XVIIe et XVIIIe siècles.