Demi-finales du Reine Elisabeth : Schubert au Concours, c'est l'oxymore
Lundi soir, on a retrouvé notamment la belle sonate arpeggione
- Publié le 11-05-2026 à 23h19
- Mis à jour le 12-05-2026 à 10h52

Sur les 24 demi-finalistes de cette session, onze ont choisi de jouer le concerto de Leopold Hofmann, et autant celui d'Anton Kraft. Deux seulement ont jeté leur dévolu sur Michael Haydn ! Lionel Martin (Allemagne, 23 ans) est du camp Hofmann. Son jeu est classique et sans afféterie, il joue spontanément les tuttis avec l'orchestre et avec aisance ses parties solistes. Mais la sonorité manque parfois d'assise, certaines attaques sont imprécises et ses cadences à la fin de chaque mouvement, assurément originales, démentent cette modestie apparente par leurs développements démesurés.
Yo Kitamura (Japon, 22 ans) a quant à lui opté pour le Kraft. Il écoute l'introduction avec un large sourire aux lèvres, comme Obélix impatient d'en découdre avec une cohorte de légionnaires romains. L'attaque est ample, généreuse et sonore : c'est du beau violoncelle, bien assis, avec de la diversité dans les couleurs – mais aussi parfois des écarts de justesse. La romance centrale chante comme du Rossini, et le Rondo alla cosaca final, toujours donné avec le même sourire bienveillant, tourne cosaque comme il se doit.
Leo Ispir (France, 24 ans) ouvre son récital avec Caffeine, l'imposé d'Harold Noben, dans une approche qui oscille joliment entre le rugueux et le tendre. Pensionnaire de la Chapelle Reine Elisabeth, il poursuit avec une Elégie op. 24 de Gabriel Fauré, attaquée avec une sobriété qui se laisse peu à peu gagner par l'émotion. On oublie le contexte compétitif, préparation idéale à sa pièce maîtresse : la sonate arpeggione. Schubert dans un Concours, c'est un oxymore : refus de l'ostentation, introspection, pudeur, qualités indispensables que l'on retrouvera ici. La lecture n'est sans doute pas parfaite, mais c'est un vrai moment de musique pure.
Péninsulaire
Retour au Concours avec Jiaxun Yao (Chine, 24 ans), qui montre d'emblée ses affinités avec le répertoire contemporain en faisant précéder Caffeine de Figment I, une pièce pour violoncelle seul composée en 1994 par Eliott Carter. On admire le travail sur la sonorité et la rigueur rythmique dans la pièce imposée de Noben. Malicieusement, la candidate a glissé dans son programme un caprice de Joseph Abaco, fils de l'Italien Evaristo Felice Dall'Abaco mais qui dut à sa naissance à Bruxelles en 1710 d'acquérir la nationalité belge. Du baroque au néoclassique mais dans la même influence péninsulaire, elle joue ensuite avec esprit la Suite italienne que Stravinski tira de son ballet Pulcinella, avant de conclure ce copieux programme avec le jubilatoire Requiebros du violoncelliste espagnol Gaspar Cassado.