Finales du Concours Reine Elisabeth : Clara Dietlin, les vertus de l'humilité
La candidate française privilégie dialogue et narration.
- Publié le 27-05-2026 à 23h12
- Mis à jour le 28-05-2026 à 11h46

Clara Dietlin est la première des trois "artistes en résidence "(on ne dit pas "étudiants" ni "élèves") de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth à se produire dans ces finales. Dans Four Odes to the Tidings of Flowers, elle propose un ordre des mouvements inédit, à reculons depuis l'automne : automne-été-printemps-hiver. Mais, au-delà de ce déroulé – qui, on peut le dire maintenant à mi-course, n'a pas une influence déterminante sur le résultat –, ce qui frappe c'est l'attitude de la candidate face à l'imposé de Fang Man : une attitude humble, sans volonté de domination, et qui prend son temps. Aux antipodes d'Ettore Pagano quelques minutes plus tôt, la Française ne s'inscrit pas dans la puissance mais dans une subtilité qui cherche moins à asséner des réponses qu'à poser des questions. La maîtrise technique est là – fût-ce à une vitesse moins élevée – mais elle est plus discrète. Vitesse ? Plus alanguie dans les mouvements lents, Dietlin accélère dans Ode to Plum, au point de le boucler en huit minutes, comme Pagano, mais avec pour elle un total de 22 minutes.
D'aucuns feront observer, bien sûr, que même s'il s'agit d'un concours, il ne s'agit pas pour autant d'un contre-la-montre. C'est vrai mais, face à un règlement qui en son article 54, établit que "Lors de leur prestation en finale, les finalistes exécuteront les œuvres suivantes avec accompagnement d'orchestre : – Une œuvre inédite pour violoncelle et orchestre (10 à 15 min.), écrite spécialement pour ce concours ; – Un concerto au choix du candidat.", on se dit à chaque fois que le "Il y en a un peu plus, je vous le mets avec ?" de la compositrice américaine avec, à l'arrivée, une durée doublée de ce prélude au "grand concerto", déséquilibre quelque peu les prestations des candidats.
Le goût des choses simples
Va-t-elle réussir, semblablement, à porter un regard différent sur la symphonie concertante de Prokofiev ? Ici encore, la simplicité est de mise. La virtuosité est là – peut-être parfois avec quelques minimes imperfections – mais elle est un outil et non une fin : la force de Dietlin est de construire, dès les premières mesures, un véritable discours narratif, une histoire qu'elle racontera jusqu'au terme de son concerto. Même dans la redoutable cadence de l'allegro giusto, le fond prime sur la forme. Et autre vertu de cette approche slow food : une belle qualité de dialogue et de cohésion avec l'orchestre.