"C'est râlant ! : la ferme de Martinrou est trop pauvre pour recevoir une aide financière"
Martinrou peut bénéficier d'un soutien européen de plus de 990 000 euros pour réaliser des travaux de rénovation énergétique. Le hic ? Elle doit apporter un financement propre de 600 000 euros, mais il lui en manque actuellement 150 000. Appel est lancé à la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui rappelle que les conditions d'octroi de ces fonds européens étaient connues dès le départ.

- Publié le 15-04-2024 à 11h21

Patrice Mincke n'en revient toujours pas et reste pantois face au "paradoxe" dans lequel l'institution qu'il dirige, la ferme de Martinrou à Fleurus, se retrouve en ce moment coincée. Explications.
En 2023, Martinrou, ancienne ferme qui accueille depuis plus de quarante ans des spectacles adultes, jeune public ; des ateliers ; des stages ; etc., introduit un dossier de rénovation énergétique de ses bâtiments à l'issue d'un appel à projets lancé par la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) dans le cadre du Plan de relance et de résilience européen (PRR). Les conditions de financement sont les suivantes : chaque poste des travaux est couvert à 40 % ou 70 %, en fonction de sa nature, les 60 % ou 30 % restants étant à charge de l'institution. En l'occurrence ici, Martinrou.
"Je vais dans d'autres théâtres et je n'en vois pas un seul qui est aussi pourri que le nôtre", lâche Patrice Mincke. Les travaux envisagés sont dès lors conséquents : isolation des toits, ventilation, installation du chauffage partout via des pompes à chaleur et une chaudière au gaz, remplacement des portes et châssis… Un chantier d'ampleur pour lequel l'Europe s'engage à hauteur de 992 000 euros. Mais, selon les règles imposées par l'Europe, "pour bénéficier de l'aide qui nous est promise, nous devons apporter 600 000 euros en fonds propres", calcule Patrice Mincke.

Pour couvrir cette somme, "nous avons donc contracté un emprunt de 400 000 euros, que nous rembourserons à hauteur de 30 000 euros par an pendant quinze ans". "C'est notre capacité maximale. On ne peut pas nous prêter davantage." Et, pour combler les 200 000 euros restants, la ferme de Martinrou s'est tournée vers la Loterie nationale, qui lui a versé 50 000 euros.
Pourquoi 1,8 million pour un autre opérateur ?
Aujourd'hui, il manque donc encore 150 000 euros. "Notre projet de rénovation énergétique est très cohérent, se félicite Patrice Mincke, mais il perd de sa cohérence si on doit renoncer à une partie faute de fonds propres". Et d'ajouter : "Ce qui est très râlant, c'est que, dans la configuration actuelle, n'ayant pas les 600 000 euros, mais seulement 450 000 euros, on ne pourra pas recevoir la totalité des 992 000 euros promis par l'Europe et on va devoir rendre, d'après mes calculs, 240 000 euros à l'Europe. Donc, en résumé, on est trop pauvre pour recevoir une aide financière !"
Dans la configuration actuelle, n'ayant pas les 600 000 euros, mais seulement 450 000 euros, on ne pourra pas recevoir la totalité des 992 000 euros promis par l'Europe.
Ce qui fâche d'autant plus le directeur de Martinrou, c'est que "Mme Linard (Ecolo) (la ministre de la Culture, NdlR) a annoncé le 22 mars qu'elle débloquait 1,8 million d'euros pour un projet similaire (la Maison Folie, à Mons, NdlR), soit des aides européennes à compléter". "Alors, pourquoi n'a-t-elle pas 200 000 euros pour nous ?", s'offusque-t-il. Au cabinet de Bénédicte Linard, on rappelle que les conditions d'octroi de ces montants sont "des règles européennes sur lesquelles le ministère de la Culture en FWB n'a pas de prise". "Ces règles étaient connues des opérateurs au moment de la remise de leurs dossiers." En outre, "il est incorrect de présenter le montant de 1,8 million comme cela". "Ce montant provient, lui aussi, du Plan de relance et de résilience et est attribué à cet autre opérateur parce qu'il a bouclé son budget et entre dès lors dans les conditions imposées par l'Europe. Il ne s'agit donc pas de subventions supplémentaires ni d'un quelconque sauvetage de la part de la ministre."
Le cabinet relève encore que le contrat-programme de Martinrou a été augmenté de 72 000 euros à 200 000 euros par an. Enfin, "les équipes de la ministre ont rencontré l'opérateur pour qu'il puisse présenter le phasage de ses travaux, pour pouvoir boucler son budget et ainsi obtenir le budget du PRR, ce qui semblait pouvoir être le cas".