Alex Vizorek : "Je suis le premier à avoir cru en moi"
Série Toute première fois. Il y a un commencement à tout. "La Libre" se penche cet été sur les premières fois de celles et ceux qui font l'actualité culturelle. Aujourd'hui : l'humoriste et chroniqueur Alex Vizorek.

- Publié le 16-08-2024 à 15h01

Un pied en Belgique, un pied en France. Depuis plusieurs années, l'humoriste belge Alex Vizorek déploie ses talents d'auteur, comédien (Ad Vitam, actuellement en tournée) et chroniqueur (RTBF ; Vivacité ; La Première ; France Inter, pendant dix ans ;… et RTL France, depuis un an) des deux côtés de la frontière. Bien que très présent dans les médias belges et français, La Libre a voulu en savoir un peu plus sur ce quadra, somme toute, assez discret, en l'interrogeant sur ses "premières fois".
Quelle est la première interview qui vous a marqué ?
C'était pour le magazine belge L'Éventail. J'avais déjà répondu à des interviews, mais, là, j'avais l'impression qu'il fallait que je sois au top. J'ai le souvenir précis d'une question : quel était mon rêve ? J'avais répondu, un peu idiotement – ça faisait six mois que je pratiquais ce métier ; j'avais deux, trois sketches qui tournaient – : faire l'Olympia. Ma metteuse en scène, Stéphanie Bataille, qui est aussi un peu ma coach, m'a dit : "Mais pourquoi tu as répondu l'Olympia parce que, si un jour tu le fais, tu es coincé. Donc, à cette question, il vaut mieux répondre : 'durer dans ce métier', car ton rêve, c'est de faire ce métier tout le temps, non ?". Depuis, je ne dis plus l'Olympia, parce que je l'ai fait. Et je réponds : "Durer dans ce métier" parce que c'est un métier génial. J'ai une chance inouïe.

Lorsque vous rêviez de l'Olympia, vous débutiez dans l'humour. Vous souvenez-vous de votre première scène ?
Oui. À la sortie du stage de one man show [au Cours Florent], j'ai un sketch qui est plutôt bon et Stéphanie Bataille [chargée de cours] me propose d'aller le tester dans une scène ouverte, le Fieald à Paris. Ça se passe hyperbien : le public se bidonne ; on me dit d'appeler un producteur le lendemain. J'ai l'impression d'avoir tout compris très vite. Et, en fait, mon premier bide – je devance la question suivante… –, c'est ma deuxième scène. Je retourne à une autre scène ouverte avec un autre sketch et, là, personne ne rit, j'ai un trou de mémoire et je me dis que je suis un con parce que j'ai cru que tout était arrivé alors qu'il y a beaucoup de travail. Donc, j'ai appris beaucoup avec ces deux scènes-là : d'une part, le plaisir et la joie de "triompher" à la première et, d'autre part, l'exigence et le travail que nécessitent cinq minutes sur une scène à la deuxième.
Si on ne croit pas en soi, c'est très difficile, car il faut une espèce d'inconscience pour monter sur scène et faire rire les gens.
Dans votre entourage proche, quel est votre premier fan, votre soutien indéfectible ?
Ma réponse pourrait paraître prétentieuse, mais c'est vraiment nécessaire quand on démarre ce métier. C'est-à-dire que mon premier fan, c'est moi. Pourquoi ? Parce que je suis le premier à avoir cru en moi. Si on ne croit pas en soi, c'est très difficile, car il faut une espèce d'inconscience pour monter sur scène et faire rire les gens. Donc, il faut être sûr que ce qu'on raconte est un peu marrant et que ça mérite d'être écouté par cent personnes en même temps, qui, peut-être, auront la gentillesse de rire. En humour, quand on monte sur scène avec des doutes, le public le voit et quand il voit un mec qui doute, il n'a pas envie de rire avec lui. Après, j'ai eu la chance d'avoir des parents très soutenants.
Qu'avez-vous fait avec votre premier cachet ?
L'un de mes premiers achats coûtait cher : c'était la paire de cymbales pour le sketch Les cymbales. Pour le sketch précédent, sur la littérature japonaise, j'avais juste une fausse paire de lunettes. Puis, j'ai eu cette idée du joueur de cymbales et je me suis dit que ce serait tellement plus drôle si j'avais de vraies cymbales. Donc, j'ai acheté de vieilles cymbales pour 180 euros. C'était assez cher, mais ça a été un bon investissement, car c'est devenu un sketch un peu culte, qui m'a permis de me faire connaître.

Ce ne doit pas être pécuniaire, mais vous rappelez-vous de votre premier coup de folie ?
Je suis plutôt bon élève. Mais, vers 19, 20 ans, j'ai dit à mes parents que j'avais envie d'aller à Cuba avant que le régime ne tombe et je suis parti tout seul trois semaines, ce qui dans ma famille ne se faisait pas trop parce que j'étais encore un grand enfant. Mais j'avais l'envie d'être un peu seul, de faire les choses par moi-même.
Et votre premier coup de sang ?
Je ne suis pas très coup de sang, mais je déteste quand on me met en péril sur scène parce que c'est un lieu où il faut être en confiance. Il m'est arrivé qu'on me dise que le régisseur est absent, qu'un autre va arriver et que, pas d'inquiétude, on pourra préparer le spectacle en un quart d'heure. Ça, ça a tendance à m'énerver, car on me met en fragilité.

Vous évoquiez votre famille, l'enfance. Quelle est votre première madeleine de Proust ?
Ma maman avait des magasins de chaussures en Belgique et il y en avait un à Ostende. Il était situé dans le bas de l'immeuble et, au-dessus, avaient été aménagées trois chambres et une salle de bains. Donc, dès qu'il y avait des vacances, on allait à Ostende. J'ai un peu grandi là-bas, j'ai fait mes premiers pas sur la digue, etc. Aujourd'hui, j'aime encore y aller, même si, en 40 ans, la station a beaucoup changé. Mais j'ai toujours ces souvenirs d'enfance : les croquettes aux crevettes, les gaufres, etc.
Vous travaillez énormément. Attendez-vous avec impatience vos premières vacances de l'année ?
Je suis justement en vacances depuis deux jours (l'interview a été réalisée début juillet, NdlR). J'adore les vacances. J'ai l'impression de les attendre toute l'année alors que dès que j'y suis, je reprends plein de projets que j'ai laissés de côté. Et comme je m'ennuie assez vite, je relance plein de gens sur plein de dossiers ; j'écris des idées d'émissions télé, de films, de bouquins… Donc, dès septembre, je me retrouve avec des saisons hyper chargées à cause de l'ennui des vacances. Mais j'aime bien les vacances, car ça fait quinze ans que je régurgite beaucoup, que je dois faire des blagues tout le temps et, donc, les vacances me permettent de réfléchir un peu dans le vide, ce qui est assez jouissif.