Charles Vairet : "J'aspire à ouvrir les Brigittines à de nouveaux publics"
Charles Vairet est, depuis début janvier, le nouveau directeur général et artistique des Brigittines. Fort d'une expérience de plus de 20 ans dans les arts vivants, ce Français de 42 ans compte bien souffler un vent nouveau sur la direction et la programmation de cette institution phare de la danse contemporaine. Rencontre.

- Publié le 24-02-2025 à 16h57
- Mis à jour le 25-02-2025 à 15h55

"J'ai vécu à Paris, mais j'ai toujours travaillé un peu partout en France et fait beaucoup de tournées", tient tout de suite à nuancer, regard doux derrière ses lunettes à large monture, Charles Vairet, le nouveau directeur général et artistique des Brigittines depuis le 6 janvier. À 42 ans, ce diplômé en ingénierie culturelle a déjà acquis une solide expérience de plus de vingt ans dans les arts vivants, "dont une petite quinzaine d'années en production, développement, diffusion, administration de production avec des compagnies de cirque, de danse et de création dans l'espace public". Ainsi, "j'ai accompagné douze créations, ce qui équivaut à quelque 850-900 représentations dans un peu plus de 50 pays", décompte Charles Vairet. "J'ai beaucoup voyagé. C'était une période formidable."
Il se tourne ensuite vers "des projets plus ambitieux, plus risqués et, donc, par définition, qui tournaient moins", portés par des compagnies françaises mais aussi belges, canadiennes, portugaises… Avant de créer et diriger un label de création vivante, au croisement des arts de la scène et de la musique. Puis, cinq ans plus tard, de prendre la tête de deux théâtres d'une ville de banlieue parisienne. "C'est la première fois que j'étais amené à diriger une équipe permanente, car je n'avais jamais travaillé qu'avec des artistes, raconte Charles Vairet. Et j'ai appris à aimer profondément la direction des ressources humaines". Cette aventure durera quatre ans. Par après, "j'ai effectué un remplacement au Palais de la Porte dorée, qui est, entre autres, le Musée de l'histoire de l'immigration, où j'étais en charge de la direction artistique des spectacles et concerts". Une expérience "assez courte, mais extrêmement intéressante".
"Je connais les Brigittines de longue date"
Sa carrière bien établie en France, qu'est-ce qui a donc mis Charles Vairet sur la route des Brigittines, Centre d'art contemporain du mouvement implanté au cœur du quartier bruxellois des Marolles ? "Je connais les Brigittines de très longue date, pour y avoir vu des spectacles, indique-t-il. L'anecdote étant que j'ai même dormi dans l'un des appartements de la résidence [d'artistes] des Visitandines (attenante aux Brigittines, NdlR) lorsque je suis venu avec un spectacle qui se jouait au Théâtre National. À l'époque, j'étais loin de me douter qu'un jour j'aurais la responsabilité des Brigittines".
"Il y a eu en moi un mélange d'évidence et de désir profond.
Jeune papa, "j'avais, en famille, le projet de quitter Paris, de découvrir un nouvel univers, de retrouver l'énergie de la création et de la direction de lieux". C'est alors qu'est tombée l'annonce des Brigittines pour trouver un successeur ou une successeure à Patrick Bonté, programmateur pendant près de 30 ans et directeur pendant 14 ans. "Il y a eu en moi un mélange d'évidence et de désir profond, se souvient Charles Vairet. Le processus de recrutement était très ambitieux. La demande de rédaction et de conception était un challenge passionnant et je m'y suis attelé pendant six mois". Mais, "sincèrement, je ne pensais pas que ma candidature allait être retenue. Je suis donc ravi d'avoir réussi à convaincre le jury".

Il poursuit : "J'avais très fort conscience de ce que représentaient les Brigittines, à Bruxelles en particulier, mais aussi en Belgique et au niveau international". Et, "ce qui m'a plu, dès le départ, c'est le niveau d'ambition en termes d'exigence artistique ainsi que les qualités intrinsèques du lieu, avec cette double chapelle – la classique et la contemporaine – et tout ce que cela peut charrier comme imaginaire que de concevoir des projets, pour les artistes et les publics, dans un lieu aussi splendide".
Des représentations en journée
Avec Charleroi Danse, les Brigittines sont "l'un des deux acteurs principaux pour la danse contemporaine belge francophone", rappelle Charles Vairet. "Il va sans dire qu'elles vont rester à cet endroit-là du spectre, car nous avons des moyens de co-production, ce qui est crucial." En revanche, en ce qui concerne l'identité artistique du lieu, si la danse et le rapport au mouvement continueront à en être le cœur battant, cette identité "va changer", "ne serait-ce que parce que j'ai l'honneur, et la pression est grande, de succéder à Patrick Bonté, mais je ne suis pas lui et je ne serai pas lui".
Il ne faut pas avoir peur de présenter des projets à la limite de ce qu'est la danse, c'est-à-dire questionner le sens-même de la danse.
Concrètement, "j'aspire à aller plus loin, à aboutir à une démarche d'ouverture à des publics nouveaux, qui ne soient pas ceux qui sont déjà acquis ou passionnés par la danse, décrit le nouveau directeur, c'est-à-dire que l'on se mette en quête de publics qui sont plus éloignés de la connaissance de la danse". Pour ce faire, cela doit passer, notamment, par "une capacité à imaginer des formats, des manières [nouvelles] de rencontrer les publics". Ainsi, "aux Brigittines, généralement, ce sont des séries au minimum de trois représentations – on continuera comme cela et on essaiera d'en prévoir davantage quand ce sera possible –, mais j'aimerais que, systématiquement, il y ait une représentation en journée pour pouvoir accueillir des publics scolaires, des personnes âgées, des spectateurs qui viennent par le biais d'associations, etc." Dès lors, la communication des Brigittines doit également être revue, envisage-t-il, "afin de donner envie aux publics qui, a priori, n'ont pas d'appétence pour la danse ou ne connaissent pas les artistes, de venir découvrir les spectacles".
Pour relever ce pari, Charles Vairet défend le principe que "pour mener à bien une vraie ambition de développement des publics, il ne faut pas avoir peur, en tant que lieu de danse spécialisé, de présenter des projets à la limite de ce qu'est la danse, c'est-à-dire questionner le sens-même de la danse". Donc, "je me donne la possibilité que les Brigittines puissent accueillir des spectacles qui sont à la limite du théâtre physique et de la danse, à la limite entre la forme musicale et la danse…"
Un nouveau festival de danse jeune public
En poste depuis quelques semaines, Charles Vairet imprimera réellement son empreinte à partir de l'automne prochain, avec le lancement de la saison 2025-2026. Patrick Bonté reste, lui, à la manœuvre jusqu'à la fin de cette saison, qu'il clôturera avec le Festival International des Brigittines (du 14 au 30 août), en collaboration avec son successeur.
Pour moi, la direction artistique, c'est comme construire le chemin, et la programmation, mettre des points d'étape.
Selon Charles Vairet, "la direction artistique et la programmation s'assimilent à un chemin, un travail de cartographe". "J'aime marcher, faire du vélo, aller d'un point A à un point B, confie-t-il. Donc, pour moi, la direction artistique, c'est comme construire le chemin, et la programmation, mettre des points d'étape". S'il n'a pas encore défini toute sa programmation, Charles Vairet a, en revanche, déjà identifié ces prochains rendez-vous ou points d'étape. Ainsi, à partir de la saison prochaine, "chaque année, en novembre, un temps long sera consacré à la création belge francophone du moment", annonce-t-il. En janvier aura lieu un festival annuel de danse jeune public, à destination des enfants de 3 à 12 ans. Nouveauté également, en mars, sera organisé, tous les ans, un festival "dont la particularité sera d'explorer la frontière avec la danse", réunissant des artistes belges et internationaux. Enfin, le Festival International des Brigittines restera l'événement incontournable de l'été.
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