"Descendre" pour mieux se fondre, se couler dans l'autre
Coup d'envoi du temps fort "Puissances seules" aux Brigittines, avec le solo "Descendre", une pièce entre douceur et tragédie écrite et chorégraphiée par Éléonore Valère-Lachky. Aux Brigittines ces 13, 14 et 15 mars.

- Publié le 12-03-2025 à 16h56

Elle a tracé sa route. Trouvé sa place. Elle est ingénieure. Un job qui la met à l'abri du besoin. Qui lui permet de ne dépendre de personne. Surtout pas d'un homme. Elle fait l'amour comme elle veut, quand elle veut. C'est, comme on dit, une "femme libre".
Dans la salle Mezzo des Brigittines, la voix off de la comédienne Héloïse Jadoul résonne, puissante et incarnée, à la lisière d'une colère froide. Elle raconte cette femme sans attache, sans entrave. Sur scène, la danseuse Violette Wanty, en casquette, blouson rose acidulé et baskets, se lance dans des mouvements du haut du corps à la fois saccadés et relâchés. Il y a là des influences du hip-hop, de la danse contemporaine aussi. La musique au tempo nerveux pulse. On ressent de la force, de la détermination.
Un soir, elle croise un homme dans un bar. Elle l'aborde, sans détour : "On irait faire un peu l'amour ?". D'abord surpris, il la suit à l'hôtel sans trop hésiter. Avec des notes plus jazzy, la musique s'est adoucie. L'énergie de Violette Wanty également. Elle sautille, exécute des mouvements plus amples, plus souples. On repère rapidement les aptitudes en danse classique et contemporaine de cette artiste pluridisciplinaire formée en France et en Suisse.
La danseuse a ôté sa veste et ses chaussures. Héloïse Jadoul raconte. Dans l'intimité de cette chambre d'hôtel, deux corps s'enlacent, s'unissent, presque comme un tout. Avec une extrême douceur. La femme peut ressentir le mouvement de la mer en chacun de leur corps.
Le sentiment océanique
C'est au départ de la notion du sentiment océanique, un sentiment d'union indissoluble avec le grand tout et d'appartenance à l'universel, développée par Romain Rolland, prix Nobel de la Littérature en 1915, qu'Éléonore Valère-Lachky a écrit et chorégraphié le solo Descendre, à voir dans le cadre du temps fort Puissances seules aux Brigittines, qui rassemble six solos féminins, du 13 au 29 mars.
En plateau, la voix de la comédienne emplit tantôt l'espace seule tantôt accompagne les gestes de Violette Wanty. Si le récit déclamé par Héloïse Jadoul est limpide, on aurait aimé que les intentions et les mouvements dansés soient davantage pensés et chorégraphiés en accord avec le texte, sans pour autant verser dans la facilité en étant trop explicites. On a, parfois, ici, le sentiment d'un plaquage de l'un sur l'autre plutôt qu'une réelle symbiose corps-texte.
Douce au départ, cette histoire d'amour vire pourtant au tragique. Et, sans surprise, pas pour l'homme. Comme trop souvent, se risquera-t-on à commenter. Amoureuse, cette femme veut pourtant descendre, encore, pour mieux se fondre, se couler dans l'autre. Mais, tel Ulysse, parviendra-t-elle à résister au chant des sirènes ? Ou s'enfoncera-t-elle dans les abysses de l'amour ?
→"Descendre" aux Brigittines, Bruxelles, les 13, 14 et 15 mars, à 19h, 50 minutes. Dans le cadre du temps fort "Puissances seules", du 13 au 29 mars. Infos et rés. au 02.213.86.10 ou sur www.brigittines.be