Les zazous, ces jeunes excentriques qui dansaient le swing pour résister aux nazis
Au Public, "Zazous, des lendemains qui chantent" met en lumière une page oubliée de l'Histoire pendant la Guerre 40-45 : les zazous, ce mouvement de jeunes qui défiaient par la provocation les interdits sous l'Occupation. Un spectacle joyeux inspiré de faits réels. À voir jusqu'au 4 juillet.

- Publié le 21-05-2026 à 16h57

Pour clore cette saison au Public, Laure Godisiabois et Patricia Ide (également à la mise en scène) immergent les spectateurs et spectatrices en pleine Seconde Guerre mondiale, aux origines d'un mouvement contestataire inédit : les zazous, des jeunes gens anti-conformistes au style vestimentaire excentrique qui usèrent de la provocation pour défier les interdits sous l'Occupation.
Spectacle joyeux aux allures de comédie musicale (on y retrouve jeu, musique live, danse et chant), Zazous, des lendemains qui chantent met en lumière une page peu connue, voire oubliée, de l'Histoire : né en France comme une forme de résistance au régime de Vichy et aux nazis, le mouvement des zazous s'est éteint à la Libération.

Ni fresque historique ni théâtre documentaire, Zazous, des lendemains qui chantent retrace, en 1h35, les moments-clés qui ont façonné ce mouvement, au gré de données historiques et d'archives (notamment des extraits sonores des discours du Maréchal Pétain et de l'homme politique Jacques Doriot, figure française de la collaboration, ainsi que des articles de presse comme ceux de La Gerbe, journal collaborationniste).
Sur la base de ces faits réels, les deux autrices ont imaginé toute une ambiance, visuelle (la scénographie est signée Renata Gorka ; les costumes, Chandrat Vellut ; les chorégraphies, Maroine Amimi ; et les lumières, Laurent Kaye) et sonore (avec la complicité de Pascal Charpentier), qui reflète fort bien l'état d'esprit et le mode de vie de ces zazous pendant la guerre.
Vestes à carreaux, chapeau boule…
La petite salle du Public, au sous-sol, se prête à point nommé comme "repaire" des zazous, qui se retrouvaient, notamment, dans des caves clandestines pour écouter leur musique fétiche, le jazz, et danser le swing.

Jean (Antoine Guillaume), Rose (Laure Godisiabois), Coco (Bénédicte Chabot), Pierre (Baptiste Blampain) et Charles (le poly-instrumentiste Cédric Raymond), la vingtaine, vivent dans le Quartier Latin, à Paris. Ils sont férus d'art et de culture. La guerre vient d'être déclarée. Peu à peu, les Allemands restreignent les libertés de circuler, de lire certains auteurs, de parler anglais, d'écouter du jazz…
Face à cette oppression grandissante, les cinq amis décident de se fédérer et de créer un mouvement, les zazous, destiné à faire enrager l'ennemi par des actes de désobéissance : uriner dans les réservoirs à essence des nazis, modifier les affiches de propagande, etc. Surtout, en pleine période de restrictions et de rationnement, ils vont adopter un style vestimentaire et capillaire extravagant : cheveux longs pour les garçons, lèvres rouges pour les filles, tissus colorés, vestes à carreaux, chapeau boule… et parapluie toujours fermé en signe de ralliement. "Les zazous, c'est un mouvement, c'est un état d'esprit de révolution, c'est une allure, c'est le swing", résument-ils.

Sous leurs airs insouciants, les zazous, de plus en plus nombreux, vont toutefois être pris pour cible par les vichystes et les nazis, qui n'hésiteront pas à les tabasser, les torturer, les envoyer dans des camps, etc. Mais, habités par le chant et la danse, les zazous gardent le moral face à l'ennemi qui "a les noix". "Swinguer sur la croix gammée, c'est résister", défend Pierre.
Sur scène, les cinq interprètes, lumineux, débordent d'énergie et de bonne humeur. Piano, guitare, violon, swing en solo ou en duo, portés…, sur des airs de Charles Trenet ou de Boris Vian, ils sont de vrais zazous. Avec eux, la défense de la liberté reprend des couleurs, ce dont on a, plus que jamais, besoin aujourd'hui.
→ Bruxelles, Le Public, jusqu'au 4 juillet. Infos et rés. au 02.724.24.44 ou sur www.theatrelepublic.be