David Michels : "J'ai découvert que j'avais un rôle au théâtre quand j'ai vu mon nom sur l'affiche"
Le directeur du Théâtre des Galeries met en scène la comédie "Le jour du kiwi" de Laetitia Colombani, à voir dès ce 28 octobre. Dans les murs du théâtre depuis plus de 40 ans, il a des anecdotes plein sa besace, dont deux qui l'ont particulièrement marqué. Il se livre dans notre rendez-vous "Lumière en coulisses".

- Publié le 28-10-2026 à 11h27
- Mis à jour le 03-11-2026 à 10h24

Voici quelques années que David Michels, directeur du Théâtre royal des Galeries, n'avait plus mis de spectacle en scène. Mais Le jour du kiwi, première pièce de théâtre de Laetitia Colombani, autrice du roman à succès La tresse, à voir dès ce 28 octobre, a été "un petit coup de foudre". "À la première lecture, je me suis dit que c'était une bonne pièce pour Les Galeries. Puis, je l'ai relue une deuxième fois et, là, sourit-il, j'ai eu une envie de metteur en scène : la distribution s'est vite imposée à moi, et des images de décors, de costumes… me sont venues en tête comme une évidence".
David Michels est à la tête des Galeries depuis 1998, mais il est, en réalité, arrivé dans les murs du théâtre bien plus tôt : au milieu des années 80, à l'âge de 18 ans. Avant de succéder à Jean-Pierre Rey (fondateur et directeur de la Compagnie des Galeries de 1953 à 1998), il a enchaîné de nombreux postes : machiniste, régisseur, agent d'accueil, costumier, scénographe et metteur en scène. Des anecdotes, il en a donc plein sa besace.

"Le respect, c'est fondamental"
"Il y a en a une qui m'a fort marqué humainement", se souvient-il sans hésitation. "J'avais 19 ans. J'étais étudiant machiniste depuis six mois, c'est-à-dire que je montais les décors (pour payer mes études de journalisme), et le théâtre accueillait pendant une semaine un spectacle français, Harold et Maude, avec une vedette de cinéma et de théâtre de l'époque, qui était Denise Grey (qui incarna Poupette, la grand-mère de Sophie Marceau dans La Boum, NdlR). Elle était âgée, elle avait largement dépassé les 90 ans, raconte-t-il. Elle jouait tous les jours et, le samedi, elle jouait même deux fois".

Le dimanche, "le spectacle se jouait à Lille, en matinée". Donc, le samedi soir, après la dernière représentation, "nous étions en plein démontage des décors". "Il faut s'imaginer cela en hiver : les portes [du théâtre] sont ouvertes, les camions sont là, il faut aller vite parce que le lendemain tout doit être prêt à Lille. Et Denise Grey est venue, entre les machinistes, les chauffeurs de camions…, saluer tout le monde et nous remercier chacun, personnellement, de la semaine qu'elle avait passée aux Galeries." "Honnêtement, cette dame de plus de 90 ans n'était pas obligée de le faire, et cela m'a fort marqué."
"Je crois, analyse David Michels, que ça a contribué à forger un peu mon parcours, peut-être ma personnalité, parce que j'ai été très touché par cette marque de respect". "Aux Galeries, le respect de l'autre est une notion que j'ai toujours mise en avant, quelle que soit la tâche à effectuer, le parcours de chacun, les origines, etc. C'est fondamental."
"Et alors, ça te pose un problème ?"
David Michels sait bien de quoi il parle, lui qui a gravi tous les échelons au sein du théâtre en faisant "plein de métiers différents", y compris… comédien !
Nous sommes à l'été 1987. David Michels est alors régisseur de tournée. "Nous partions sur les routes avec La Tournée des châteaux − cet été, nous avons fêté les 50 ans de la Tournée des châteaux et j'en ai quand même fait 40… − et je découvre aux valves la distribution du spectacle − c'était L'heureux stratagème de Marivaux −, avec le nom des comédiens en dessous de chaque rôle : la comtesse, la marquise… et je lis dans le rôle du notaire : David Michels. Je n'étais absolument pas au courant ! J'ai donc découvert que j'avais un rôle au théâtre quand j'ai vu mon nom sur l'affiche."

Ni une ni deux, il demande à s'entretenir avec le directeur, Jean-Pierre Rey. "Il fallait prendre rendez-vous. C'était une autre époque, décrit David Michels. C'était un directeur ô combien talentueux, qui avait une puissance de travail énorme, mais qui était un homme très autoritaire, même s'il avait beaucoup d'humour. C'était un directeur comme dans les films américains des années 50 et 60, avec une pointe d'accent bruxellois : très grand, très large, avec des lunettes en écailles, en costume cravate et un gros cigare au coin des lèvres".
Il lui confie son étonnement de figurer au casting du spectacle. −"Et alors, ça te pose un problème ?, lui répond Jean-Pierre Rey. Tu es jeune, tu es élégant. Tu portes bien le costume. Tu feras ça très bien". −"Je n'ai pas de formation de comédien", lui oppose le jeune régisseur. −"Il y a deux phrases et demie. Tu les diras très bien."
J'ai joué dans beaucoup de pièces avec des petits rôles, j'insiste !, car je n'ai aucune prétention de comédien de talent.
"Et voilà comment je me suis retrouvé en costume d'époque sur scène, se remémore David Michels. C'était très amusant et motivant". Puis, "comme je ne m'en étais pas trop mal tiré, chaque fois qu'une pièce partait en tournée et que j'étais régisseur, s'il y avait un petit rôle, il était toujours pour moi". Donc, "j'ai joué dans beaucoup de pièces avec des petits rôles, j'insiste !, car je n'ai aucune prétention de comédien de talent". "D'ailleurs, dès que je me suis approché de la direction du théâtre puis que j'y ai accédé, je n'ai plus jamais mis un pied sur un plateau parce que j'estime que c'est un métier et qu'il y a assez de comédiens de talent qui ont besoin de travail."
→ "Le jour du kiwi" au Théâtre des Galeries, du 28 octobre au 22 novembre, 1h30. Infos et rés. au 02.512.04.07 ou sur www.trg.be
Lumière en coulisses
Il y a la scène, les planches et puis tout ce qui se passe à l'ombre des projecteurs. Chaque semaine, un(e) artiste raconte et met en lumière un événement, une anecdote qui s'est produit en coulisses.