J. D. Vance, un colistier aux allures d'héritier
Un édito de Philippe Paquet.

- Publié le 16-07-2024 à 23h38

Pour partager le ticket présidentiel, et éventuellement lui succéder, Donald Trump a sans surprise choisi un homme qui lui ressemble. Un véritable clone, a résumé Joe Biden, sans beaucoup exagérer. Homme d'affaires blanc, self-made-man ambitieux et avide de lumière, à la fois versatile et charismatique, J. D. Vance défend les mêmes positions que son nouveau patron sur l'immigration, le commerce, la guerre en Ukraine ou l'avortement.
Pas depuis longtemps, toutefois. Jusqu'en 2021, Vance vomissait Trump, en qui il voyait un "Hitler de l'Amérique" ou de la "cocaïne culturelle". Et puis l'ancien Président a soutenu sa candidature au Sénat et tout a changé. Le sénateur frais émoulu de l'Ohio est instantanément devenu le plus fervent promoteur des thèses "MAGA" (Make America Great Again, le slogan trumpiste). Jusqu'à souscrire sans réserve à la théorie complotiste de la "victoire volée" en 2020, contrairement à d'autres prétendants à la vice-présidence. Un ultime test de loyauté qui a certainement fait la différence aux yeux de Donald Trump.
Défiant la logique qui guide d'ordinaire le choix d'un colistier, Vance n'apporte quasiment rien au tandem présidentiel, hormis son âge : à 39 ans, il est deux fois plus jeune que son mentor. Il n'a presque pas d'expérience politique – mais Trump n'en avait aucune. Et ses idées radicales devraient éloigner encore plus l'électorat modéré, féminin en particulier, que les Républicains aimeraient rallier.
Ce profil paraît confirmer l'état d'esprit dans lequel Donald Trump se trouverait : il n'a que faire d'un colistier. Il est persuadé qu'il peut gagner seul, et l'émotion qu'a soulevée la tentative d'assassinat à laquelle il a miraculeusement réchappé ne peut que le conforter dans cette certitude.
Cependant, son entourage, sinon lui-même, est peut-être préoccupé par la suite de l'Histoire. Si Donald Trump est élu, ce mandat sera de toute façon son dernier, et rien ne garantit qu'il ira jusqu'à son terme. Les forces traditionnelles que l'ancien Président a marginalisées au sein du Parti républicain aspirent à une restauration que seul un nouveau chef "MAGA", solidement installé, serait susceptible de pouvoir bloquer. Érigé en héritier, J. D.Vance serait alors ce nouveau leader.