Traitement de choc contre le cancer urbain
Un édito de Dorian de Meeûs.

- Publié le 06-02-2025 à 23h58

L'heure n'est plus au déni, tant le laxisme face aux trafics de drogue menace notre sécurité. Freiner la mue de la Belgique vers un narco-État est encore possible, mais il y a urgence absolue : des tonnes de cocaïne transitent par le port d'Anvers, devenu le grossiste des dealers bruxellois, et les laboratoires clandestins de drogues de synthèse pullulent. Les quartiers populaires en sont les premières victimes : scènes de guerre, représailles entre gangs, passages à tabac et intimidations se multiplient. À Anderlecht, un impact de balle a même été découvert mercredi dans une chambre d'enfant.
Le tissu social dégradé, des adolescents délinquants et l'immigration clandestine favorisent ce cocktail explosif. Malgré des milliers d'arrestations, la justice semble démunie pour sévir de manière systématique dans un marché noir où chaque euro investi en rapporte 60 000. Une rentabilité sans égale. Des intermédiaires aux obstacles logistiques, tout s'achète ! L'argent coule à flots et nourrit une machine infernale, dans laquelle les dealers ont tellement à gagner qu'ils agissent sans gêne, comme maîtres des lieux, en pleine journée, quitte à cumuler des passages par la case prison. Malgré des revenus déclarés dérisoires, ils se baladent en voiture de luxe et deviennent des exemples à suivre pour toute une génération de jeunes.
Il faut davantage d'enquêteurs et de policiers pour cartographier et neutraliser les gangs, saisir leurs patrimoines et condamner leurs membres. Julien Moinil, le fraîchement nommé procureur du Roi de Bruxelles, a raison de tirer la sonnette d'alarme : les moindres faits doivent être poursuivis et condamnés. Et les auteurs réellement punis, car l'impunité est l'ennemie de l'état de droit.
Même si en matière de drogues, c'est l'offre qui dope la demande, il faut davantage s'attaquer aux consommateurs qui alimentent ces mafias à coups de millions d'euros. Qu'ils soient festivaliers, entrepreneurs, artistes, intellectuels, noctambules ou consommateurs "récréatifs", ces clients sont des criminels de l'ombre. La drogue est devenue trop attractive, trop disponible. Il est devenu plus difficile de se faire livrer une pizza qu'un pacson de cocaïne. S'il reste essentiel de distinguer l'approche selon que le client soit un esclave du crack ou un amateur de coke, un arsenal répressif doit compléter le volet préventif. Le fédéral doit traiter ce cancer urbain avec fermeté. Seul un lâche se contenterait de coups de gueule…