Le roi Trump est nu
Un édito d'Alain Lorfèvre.

- Publié le 18-06-2025 à 23h58
- Mis à jour le 19-06-2025 à 10h16

L'Iran veut négocier, a affirmé, mercredi, Donald Trump à des journalistes qui le pressaient de questions sur ses intentions quant à une possible participation militaire américaine aux opérations d'Israël contre l'Iran. Depuis six jours, le Président américain semble naviguer à vue, piégé par la "guerre préventive" déclenchée par Benjamin Netanyahou contre l'Iran.
Donald Trump, qui assistait le 14 juin à un défilé militaire devant la Maison-Blanche est, aussi, celui qui jurait dans son discours d'investiture, il y a six mois à peine, vouloir être un "pacificateur", précisant que son mandat serait jugé "par les guerres dans lesquelles [il ne s']engage [rait] jamais".
Le Président est confronté à une responsabilité aussi lourde que celle du "président Harry Truman en 1945", au moment de décider de l'usage de la bombe atomique contre le Japon. L'analogie, audacieuse, émane de l'ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, chrétien évangélique fervent. La pression induite par ce message résume le tiraillement du Président. Il a obtenu en 2020 et 2024 des scores inégalés auprès des évangéliques, dont la lecture fondamentaliste de la Bible dicte une position résolument pro-israélienne.
Mais l'autre base électorale du trumpisme, le courant national-conservateur, incarné par un Steve Bannon, est opposée à toute nouvelle aventure militaire, aux lendemains incertains. Un sondage The Economist/YouGov, publié mardi, confirme que 53 % des électeurs républicains y sont hostiles.
Fidèle à lui-même, Donald Trump a pratiqué ces derniers jours la surenchère verbale tout en brouillant le message. "Nous avons un contrôle complet et total du ciel au-dessus de l'Iran", a-t-il écrit, mardi, sur son réseau Truth Social, comme si les États-Unis menaient la danse. "Capitulation sans conditions", a-t-il réclamé à Téhéran, en assurant que la vie du Guide suprême iranien, Ali Khamenei, n'était pas menacée "pour le moment", mais en invitant les quelque 8 millions d'habitants de la capitale iranienne à vider les lieux. La stratégie aura été payante, si l'Iran souhaite réellement négocier. Dans le cas contraire, prix de sa personnalisation du pouvoir, Donald Trump devra prendre une décision dont il sera seul comptable face à son opinion publique et à l'Histoire. Le roi est nu.