La partition de la honte
Un édito de Dorian de Meeûs.

- Publié le 12-09-2025 à 22h01

Le Festival de Flandre pensait envoyer un signal fort en annulant le concert gantois de l'Orchestre philharmonique de Munich. Son chef, Lahav Shani, jeune musicien charismatique et talentueux, dirige également l'Orchestre philharmonique d'Israël. Voilà son "tort" : être israélien. Peu importe qu'il se soit exprimé à plusieurs reprises pour la paix et la réconciliation : pour les organisateurs, cette identité suffit à le rendre complice "du régime génocidaire de Tel-Aviv".
Ce raisonnement est dangereux. Il consiste à exiger d'un artiste qu'il se justifie politiquement pour exercer son art, à confondre une nationalité avec un gouvernement, à punir une appartenance plutôt qu'un acte. À moins que ces considérations morales ne cachent une dimension antisémite… Car il ne s'agit plus ici de sanctionner un État par des mesures économiques ou diplomatiques pour tenter de mettre fin à l'horreur vécue par les Gazaouis. Non : la cible est un artiste international, choisi uniquement parce qu'il est israélien.
La Belgique ne peut pas s'enliser dans ces amalgames délétères qui voudraient que chaque Juif, que chaque Israélien, cautionne la politique effroyable de Netanyahou. La révolte contre les massacres commis à Gaza ne saurait en rien justifier une telle dérive. Alors que les signalements d'actes antisémites repartent à la hausse et que la haine des Juifs resurgit, nos paroles et nos symboles doivent être pesés avec une extrême prudence. D'autant qu'en face, le gouvernement israélien instrumentalise sans scrupule ce climat empoisonné pour discréditer toute critique légitime.
La ministre flamande de la Culture, Caroline Gennez (Vooruit), défend l'annulation du concert. Elle se trompe lourdement. Elle confond la légitimité de dénoncer les crimes de guerre avec une valeur universelle : la liberté artistique. À moins qu'il ne le revendique explicitement, aucun artiste ne peut être jugé coupable par association.
En sanctionnant ce chef d'orchestre, le Festival de Flandre ne combat pas l'injustice, il la reproduit. Nos régions ont déjà trop souffert de l'antisémitisme pour tolérer qu'il revienne. Cette décision représente une honte pour la Flandre. Une honte pour la Belgique. Et, comme le regrette le ministre allemand de la Culture, une honte pour l'Europe…