L'heure du sursaut pour les Américains
Un édito de Philippe Paquet.

- Publié le 27-01-2026 à 23h35

En janvier 2005, nous accompagnions des militaires américains à bord d'un hélicoptère qui apportait de l'aide aux villages de Sumatra dévastés par le tsunami. La fierté du jeune gars de l'Ohio engagé dans ces opérations de secours est restée dans notre mémoire, comme la reconnaissance des paysans indonésiens qui, sans cela, seraient peut-être morts. Nous nous souvenons d'avoir écrit, tout simplement : "C'est l'Amérique qu'on aime".
Celle que Minneapolis nous a montrée, ces dernières semaines, nous donne, en revanche, la nausée – comme à des millions d'Américains. Les États-Unis nous ont tristement habitués, certes, à la violence, aux fusillades et aux bavures policières, entachées souvent de discriminations raciales. Cette fois, cependant, les images implacables des vidéos révèlent une véritable exécution, que rien ne saurait justifier.
Alors que les premiers témoignages étaient déjà accablants, Donald Trump et les principaux responsables de son Administration ont nié la réalité pour lui opposer une interprétation délirante des faits, caricaturant la victime, Alex Pretti, un infirmier de 37 ans, en dangereux terroriste. "On nous ment effrontément", résumait lundi le New York Times. Dans ces circonstances, on attendrait démissions et limogeages. Au lieu de quoi, le Président a répété que la police de l'immigration (ICE) avait fait "un travail formidable" à Minneapolis.
Sans doute Donald Trump a-t-il esquissé un pas en arrière en ordonnant, au Minnesota, un début de retrait des agents de l'ICE et l'éloignement de leur chef controversé, Gregory Bovino. "Mais pour les envoyer où ?", se demandent avec effroi ceux qu'inquiète une lutte contre l'immigration illégale qui, dans un climat d'arbitraire, de terreur et d'impunité, vise non pas les criminels, mais les femmes de chambre et les commis de cuisine – et leurs enfants de cinq ans.
La porte-parole du Président, Karoline Leavitt, a assuré que "personne, à la Maison-Blanche, ne voulait voir des gens tués ou blessés dans les rues des États-Unis". Cela signifie-t-il que le recrutement, la formation, le mandat et les méthodes de l'ICE seront réexaminés ? On peut malheureusement en douter. Sauf si, comme les y invitent les présidents Clinton et Obama, les Américains se ressaisissent. Et si le Congrès se réapproprie ses pouvoirs pour sauvegarder les valeurs – et l'image – de l'Amérique.