Starmer, piégé par le Brexit
Un édito de François Mathieu

- Publié le 22-06-2026 à 14h58
- Mis à jour le 22-06-2026 à 23h52

Lorsqu'il est arrivé au pouvoir en juillet 2024, le chef du Labour Keir Starmer promettait le "changement". Deux ans plus tard, l'homme, peu charismatique, quitte le 10, Downing Street, sous la pression de son propre camp, abandonné par une opinion publique qui lui a très rapidement retiré sa confiance. Son erreur n'a pas seulement été politique. Elle fut stratégique : vouloir gouverner le Royaume-Uni sans affronter la question qui structure désormais toute sa vie publique, le Brexit et ses conséquences, alors que cet expert désigné par Jeremy Corbyn avait œuvré au rapprochement avec l'UE.
Par calcul électoral le plus souvent, Starmer a choisi de traiter le Brexit comme un fait accompli, presque comme un sujet clos. Or, dix ans après le référendum du 23 juin 2016, les Britanniques tirent un constat de plus en plus sévère. Une majorité estime désormais que la sortie de l'Union européenne a nui à l'économie, au pouvoir d'achat et même à la maîtrise de l'immigration, pourtant présentée comme son principal bénéfice. La perte de pouvoir d'achat, sous-évaluée deux ou trois ans après le Brexit, est largement documentée aujourd'hui, dix ans après, surtout après les quelques mesures très impopulaires prises par Starmer, notamment à l'égard des retraités, pour soulager des finances publiques exsangues.
Le paradoxe est saisissant. Nigel Farage, l'un des principaux artisans du Brexit, et leader du parti de droite (très) radicale Reform UK, domine aujourd'hui les sondages alors même… que ses promesses de 2016 apparaissent largement démenties par les faits. Cette contradiction n'est possible que parce qu'un vide politique s'est installé. Starmer n'a jamais su le combler. Il a géré les crises – et les scandales, dont l'interminable affaire "Peter Mandelson", du nom de l'ambassadeur britannique aux États-Unis, éclaboussé par le scandale Epstein – sans donner de réelles perspectives d'avenir à une population lassée, et sans gérer le dossier migratoire. Ses erreurs ont accéléré sa chute mais n'expliquent pas tout. Le véritable problème était plus profond. Les Britanniques attendaient une direction, ils ont vu la prolongation d'une politique de pénurie et d'austérité des exécutifs précédents.
Andy Burnham, favori pour lui succéder, hérite ainsi d'un défi immense. Il lui faudra certes reconstruire un Parti travailliste fracturé. Mais surtout, il devra répondre à une question que son prédécesseur a vite esquivée : comment réparer un pays dont une majorité considère désormais que le choix fondateur des dix dernières années fut une erreur ?