Les frais scolaires : entre phantasme et réalité…
Il existe une discrimination financière entre l'enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et le libre. Celle-ci est contraire aux accords passés et pose la question des frais scolaires et de la gratuité de l'école. Opinion.
- Publié le 12-05-2014 à 14h48
- Mis à jour le 12-05-2014 à 14h49

Une opinion de Alain Koeune, directeur du Collège Notre-Dame de Bellevue à Dinant et Président de la Fédération des associations des directeurs de l'Enseignement secondaire libre catholique. Et 17 autres signataires (1) Périodiquement, un débat houleux secoue le monde de l'enseignement. A l'approche des élections, il s'amplifie, dépasse le cadre du Parlement pour donner lieu à des articles de presse parfois enflammés. D'un fond essentiellement économique, il prend des connotations sociologiques voire même idéologiques. Ce sujet qui embrase les esprits est celui de la gratuité de l'enseignement et "des frais scolaires".
En tant que directeurs de l'enseignement secondaire catholique, nous adhérons sans réserve à l'idée selon laquelle le droit à l'éducation et à la formation est un droit fondamental de l'être humain qui ne peut être enfreint par des exigences financières. Il est clair que l'accès de toute personne à un enseignement de qualité est une priorité absolue pour toute société démocratique. C'est d'ailleurs ce que nous nous efforçons chaque jour de mettre en œuvre en accueillant dans nos écoles tous les élèves, quelle que soit leur origine culturelle, sociale ou religieuse.
Un droit fondamental de notre société devrait également consister dans l'égalité de traitement réservé à chacun de ses membres. Or, force est de constater que chaque enfant scolarisé dans notre Région n'a pas la même valeur aux yeux des pouvoirs publics, tout au moins d'un point de vue de sa prise en charge financière.
C'est ainsi que, si une subvention de 100 % est allouée à un élève fréquentant un établissement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ce montant se réduira comme peau de chagrin à seulement 53 % pour un élève de notre réseau. Cette somme plongera même jusque 47 % s'il habite un quartier à indice socio-économique élevé. Il est d'ailleurs inquiétant de constater que cette discrimination engendrée par le décret "Robin des Bois" ne toucherait que l'enseignement subventionné.
Pour un établissement moyen de 800 élèves, ceci équivaut à une différence de traitement de 546 000 euros par an. Excusez du peu ! Peut-on encore prétendre, dans ces conditions, que "Un enfant égale un enfant" ?
Certains nous objecteront que la liberté d'enseignement dont nous sommes gratifiés doit avoir un prix et que l'enseignement libre catholique est soutenu par des congrégations richissimes qui viennent au secours de leurs écoles, en utilisant des procédés - bien sûr - peu transparents.
C'est mal connaître la réalité et faire fi de l'histoire. D'une part, la liberté de nos écoles s'égraine rapidement, au fil des décrets successifs qui tendent à nous imposer les mêmes exigences, que ce soit en termes de statuts des professeurs et des directeurs, des circulaires administratives ou de normes dans tous les domaines.
D'autre part, la sécularisation progressive a entraîné le départ des congrégations vers d'autres continents.
Comment, dans ces conditions, l'enseignement catholique peut-il continuer à proposer à la collectivité un service dont bénéficient, dans l'enseignement secondaire, plus de 60 % des élèves ?
Certainement pas en réclamant aux parents des frais illégitimes ou superflus. Si de rares écoles utilisent des moyens inadéquats en ce domaine, il est normal et légitime qu'elles soient contrôlées et sanctionnées.
Non, nos écoles ne sont pas riches ! Non, nos écoles ne sont pas élitistes ! Non, nos écoles ne sont pas coûteuses ! Mais comment nous en sortons-nous ?
Sans doute d'abord par une gestion rigoureuse des budgets. Ensuite, par la responsabilisation et l'implication active et efficace de tous les acteurs de nos écoles. Enfin, dans l'espoir que nous puissions obtenir dans un avenir proche le taux de subventionnement de 75 % que prévoyaient le Pacte scolaire et les accords de la Saint-Boniface, sans même espérer l'égalité de traitement dont bénéficient nos collègues de la Communauté flamande et qui nous permettrait d'organiser un enseignement totalement gratuit.
Les différentes interventions en matière de frais scolaires n'évoquent jamais cette discrimination en termes de subventionnement. Gageons que notre prochain gouvernement en Fédération Wallonie-Bruxelles s'attaquera à la résolution de cette inégalité et au respect des accords conclus par le passé. On peut toujours rêver…
(1) Pour Bruxelles-Brabant (Adibra) : B. Deville, président, directrice de l'institut Don Bosco à Bruxelles; P. Dekelver, directeur de l'institut des Sacrés-Cœurs à Waterloo; L. Dewaele, directeur de l'institut du Sacré-Cœur à Nivelles.
(1) Pour le Hainaut (Adihainaut) : P. Potigny, directrice du collège Saint-Augustin à Gerpinnes; D. Masquelier, directeur des Ursulines à Tournai; B. Pletinckx, principal du collège Saint-Augustin à Enghien.
(1) Pour Liège (Adiliège) : J.-M. Direskens, président, directeur du collège Saint-Barthélemy à Liège; A. Magnée, directrice de l'institut Maria Goretti à Angleur.
(1) Pour Namur (Adina) : P. Bartowiak, président, directeur du centre scolaire Saint-Joseph et Saint-Hubert à Eghezée; S. De Brabant, directeur du collège Notre-Dame de la Paix à Erpent; M.-H. Bodart, directrice de l'institut Saint-Joseph à Jambes.
(1) Pour le Luxembourg (Adilux) : P. Fourneau, président, directeur de l'institut Saint-Laurent à Marche-en-Famenne; H. Delacroix, directeur de l'institut Notre-Dame à Arlon; B. Strepenne, directeur du collège d'Alzon à Bure.
(1) Pour l'enseignement spécialisé (Adesc) : C. Watterman, président, directeur de l'école "La Cime" à Forest et Genval; G. Joppart, directeur de l'établissement "Sainte-Bernadette" à Auderghem.
